| 3.Arguments de combat | 4. Les anges ont le « feu vert ». |
| 5. Le mythe de l'Assomption. |
3. — M. Monroy commence ainsi son livre Le Mythe des Apparitions:
« J'avais toujours eu le désir de mettre en évidence
les contradictions de tous ordres que j'avais remarquées dans les
ouvrages publiés sur les apparitions de Lourdes et de Fatima.
« Je me suis donc saisi de l'occasion offerte par les exploits de ces quatre petites montagnardes de la province de Santander, qui, du haut de leur village, quasiment inconnu, se sont mises à défrayer l'actualité internationale. » (sic).
Ce livre comprend deux parties:
Dans la première l'auteur s'emploie à exposer les faits de Garabandal, sans se préoccuper le moins du monde de la vérité et en s'efforçant de tout ridiculiser.
Dans la seconde partie, il veut jeter le même discrédit sur les autres apparitions et il s'attaque principalement à celles de Lourdes et de Fatima.La manœuvre est ici transparente: en convainquant le lecteur que les apparitions de Garabandal, non encore approuvées par l'Eglise, sont fausses, il devient plus aisé d'entacher la véracité des autres phénomènes du même ordre, bien que ceux-ci offrent au catholique sincère la garantie de l'approbation ecclésiastique. Ainsi, en ébranlant la croyance en des événements déclarés certains par l'Eglise, on porte atteinte du même coup à l'autorité de cette dernière. Voilà comment M. Monroy, avec autant de passion aveugle que de mauvaise foi, publie un livre écrit dans un langage que lui-même, dans son prologue, reconnaît être « audacieux, dur et même violent ». Il prétend n'avoir pu l'éviter: « C'est la réaction normale — dit-il — d'un homme qui a vécu dans l'imposture et qui maintenant la renie. Je n'ai pas choisi ce vocabulaire — précise-t-il — dans l'intention d'offenser quiconque. Non pas. Ce n'est que la révolte d'un esprit sincère devant les effets de la déviation religieuse et devant le suicide collectif de toutes ces foules, qui se précipitent dans les filets adroitement tendus par l'Ennemi. C'est l'indignation d'une âme qui souffre, en voyant ces faux guides religieux conduire le troupeau à la perdition. » [Monroy, Le Mythe des Apparitions, Ed. Pisga, Prologue.]
Ainsi s'exprime M. Monroy. Mais, quant à savoir si son vocabulaire a été choisi ou non dans l'intention d'offenser quiconque, le lecteur lui-même pourra en juger mieux que personne, en lisant les passages de son livre que j'ai dû transcrire textuellement.
Les anges ont le « feu vert ».
4. — Voyons maintenant à quelles contradictions fait allusion M. Monroy, contradictions sur lesquelles il se base pour démontrer, avec « la clarté du jour », l'imposture des apparitions de Lourdes et de Fatima.
Son attitude d'hostilité provient du fait que les voyants de Fatima, comme ceux de Garabandal, voient la Sainte Vierge, quelquefois les anges, et jusqu'à l'Enfant Jésus et saint Joseph. Et M. Monroy ne le comprend pas. En dépit des efforts tentés, aucune explication ne lui paraît valable; ce qui n'est pas pour surprendre; car, rationnellement parlant, ce n'est pas facile à comprendre, et c'est précisément parce que la chose échappe aux règles de la logique naturelle que nous la considérons comme miraculeuse. M. Monroy, cependant, accorde aux anges son approbation: « Nous n'avons rien à objecter en ce qui concerne les anges. Ceux-ci peuvent apparaître aux êtres humains, si Dieu le veut ainsi, car la Bible nous en offre des précédents. Ceci ne veut pas dire — précise-t-il — que nous admettions qu'il en soit apparu à Garabandal, à Lourdes ou à Fatima. Nous voulons dire seulement que ces apparitions sont possibles, si Dieu le juge nécessaire et utile. Les anges sont des créatures célestes, n'ayant connu ni la naissance, ni la mort, et il n'y a pas de corps d'anges sur cette terre. » [Monroy, op. cit., pp. 35 et 36.] D'où il déduit, en résumé, qu'ils peuvent apparaître, puisqu'ils n'ont jamais connu la mort.
Comme M. Monroy croit fermement en la Bible et que, dans la Bible, il est question 273 fois, comme il le dit lui-même, d'apparitions angéliques, il ne met pas un seul instant en doute cette réalité. Par contre, il affirme que, depuis l'Incarnation du Christ et la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres, « le ministère des anges touchait à sa fin »;selon lui, en effet, à partir de cet instant en dépit de sa volonté, Dieu n'avait plus à sa disposition pour convaincre l'homme que deux moyens: le Saint-Esprit et la Bible [Monroy, op. cit., pp. 35 et 36.].
Cet argument ne semble pas très convaincant, même pris dans le sens rationnel qui caractérise le point de vue de M. Monroy; ce qui n'empêche pas cet auteur de conclure: « Il n'est pas possible que Dieu, après avoir donné à l'homme son dernier message en l'île grecque de Patmos, voici près de deux mille ans, s'amuse, en notre époque troublée, à nous envoyer des anges du Ciel... » Et il est encore plus surprenant et absurde, ajoute-t-il, qu'il les envoie à « des enfants innocents, sans aucune utilité parti-culière. » [Monroy, op. cit., pp. 35 et 36.]
Ainsi donc, selon M. Monroy, l'apparition des anges est une chose surprenante, incroyable et absurde, mais il reconnaît qu'elle est possible. M. Monroy donne aux anges le « feu vert ». Mais, ce qu'il n'admet en aucune façon, c est la possibilité de l'apparition de l'Enfant Jésus, de la Sainte Vierge ou de Saint Joseph.
« Quelle sorte de corps est celui de Jésus dans le Ciel? Celui d'un homme ou celui d'un enfant? » Et il répond: « Le corps du Ressuscité, tel que le virent les femmes dans le jardin, était celui d'un homme. La voix qui fit tomber saint Paul de son cheval et qui le réprimanda sur son attitude était la voix du Christ à l'état adulte. Au XIII siècle, Raymond Lulle assure avoir eu une vision du Christ, et il Le vit sous l'aspect d'un homme. En décembre 1954, le pape Pie XII fit savoir au monde entier que le Christ lui était apparu, et cette apparition était celle d'un homme. Comment donc peut-il se faire qu'à Fatima Il ait été vu sous la forme d`un enfant? Est-ce que le Christ au Ciel change de corps, comme nous changeons de chemise? » [Monroy, op. cit., pp. 35 et 36.]
Et après cette argumentation, exposée dans un langage aussi lèger qu`irrévérencieux, il ajoute: « Sans doute, je crois qu`Il peut le faire, mais ... quelle en serait la raison? »
A mon sens, si quelqu'un encourt ici le reproche de contradiction c'est bien M. Monroy, car, après avoir assuré qu'il ne peut plus y avoir d'autres apparitions que celles es anges, il affirme la réalité de quelques apparitions du Christ, pour nier ensuite celles de l'Enfant Jésus.
Le Père Antoine Roya Marin, spécialiste des apparitions et apologiste, selon M. Monroy (ce qui n'est pas certain), des événements de Garabandal, fournit l'explication de ce phénomène en quelques mots, transcrits par M. Monroy, que nous reproduisons à notre tour:
« Tout ce qui existe peut, sans restriction et sous une forme ou sous une autre, faire l'objet d'une vision surnaturelle: Dieu, Jésus-Christ, la Sainte Vierge, les anges, les bienheureux, les âmes du Purgatoire, les démons, les êtres vivants, et même les objets inanimés. » Voilà qui paraît bien excessif pour M. Monroy, et la raison qu'il en donne est des plus claires: « Ces affirmations n'ont pas de fondement dans la Bible.» En revanche, il existe une apparition très souvent évoquée par les spirites, qui constitue un cas exceptionnel unique et indiscutable, parce qu'il figure dans la Bible au chapitre 28 du premier livre de Samuel, où il est question de l'apparition de ce prophète au roi Saûl. Après s'être référé audit chapitre, M. Monroy note: « Il ne fait aucun doute qu'il s'agit bien là de l'ancien prophète, et non d'une astuce démoniaque, comme certains l'ont supposé. Mais, cette apparition ne signifie rien, car elle est complètement négative.» [Monroy, op. cit., p. 39.]
Voyons comment M. Monroy démontre qu'il s'agit là d'une apparition négative.
« Premièrement, la pythonisse, aussi bien que le roi Saûl, sait qu'elle enfreint les lois de Dieu, en invoquant l'esprit de Samuel; deuxièmement, Saûl invoque l'esprit du mort, non pour obtenir une grâce de Dieu, mais parce qu'il se sait abandonné de lui, tombé entre les mains du démon; troisièmement, Saûl n'obtient aucun profit de cette apparition, puisque Samuel ne lui dit pas ce qu'il désire savoir; quatrièmement, tout au contraire Samuel dit au roi qu'il mourra le jour suivant, pour avoir commis le péché de consulter un mort; et cinquièmement Samuel se plaint à Saûl d'avoir été dérangé dans son repos éternel.» [Monroy, op. cit., p. 39.]
« Ceci est l'unique cas dans toute la Bible où il soit dit qu'un mort ait apparu à un vivant. Et, comme l'affirme le docteur Pache, Dieu permit ce miracle exceptionnel pour nous montrer les conséquences tragiques qui découlent de ces apparitions.»
Ainsi, quand une petite fille innocente, ignorante et dépourvue de tout ce qu'il faut pour jouer la comédie, annonce que la Sainte Vierge lui est apparue et attire vers elle les multitudes; quand elle promet un miracle six mois à l'avance, comme Lucie de Fatima, pour un jour et pour une heure déterminés, afin que tous croient; quand a ce moment soixante-dix mille personnes, dont beaucoup venues là pour se moquer, assistent à cette danse terrifiante du soleil et à tous les phénomènes qui l'accompagnent; quand Bernadette, en baisant et grattant la terre, sur l'ordre étrange de la Vision, fait surgir une source comme celle de Lourdes, qui résiste à toutes les sécheresses et guérit l'âme et le corps de centaines de malades incurables, M. Monroy déclare que tout cela, pourtant d'époque récente et facile a vérifier, ne sert à rien pour croire à l'existence du miracle, parce que notre raison ne peut l'expliquer...!
Par contre, à ses yeux, un prodige datant de plus de deux mille ans, comme cette résurrection de Samuel invoqué par un homme en proie au démon, est vraisemblable et facile à croire, parce que c'est la Bible qui le raconte...! Quel étrange pouvoir de persuasion a donc la Bible sur M. Monroy ! Cependant, la position de celui-ci est si absurde que la logique la plus élémentaire suffit à la réfuter:
Si M. Monroy, après avoir étudié la question, ne croit pas aux apparitions de Fatima ou de Lourdes, si proches de nous et si faciles à vérifier, combien moins devrait-il croire, en bonne logique, à l'apparition de Samuel au roi Saûl, bien que dans son ouvrage il affirme le contraire.
Et si je me permets d'insister là-dessus, c'est que je n'ai pas perdu encore toute confiance dans les facultés de raisonnement et de bon sens de M. Monroy.
5. — Voyons maintenant ce que dit M. Monroy à propos de saint Joseph et de la Sainte Vierge.
« La tradition raconte que saint Joseph mourut à Jérusalem et la Sainte Vierge a Ephèse. Selon l'Eglise catholique, immédiatement après sa mort, la Sainte Vierge monta au Ciel, en corps et en âme ; mais la Bible reste muette sur cette assomption.» [Monroy, op.cit., p. 37.]
D'où M. Monroy déduit qu'il s'agit là d'une invention de l'Eglise catholique, inspirée d'une cérémonie païenne en usage chez les Chinois, où l'on se sert de lampions et de candélabres, « en l'honneur d'une mère qui fut rachetée par son fils de l'empire de la mort et du sépulcre, cérémonie qui se célèbre en Chine depuis des temps immémoriaux ».
Donc, pour M. Monroy, l'Assomption de la Sainte Vierge est un conte chinois. Et il explique de la manière suivante les raisons sur lesquelles il se fonde pour arriver à une telle conclusion:
« Marie et Joseph moururent comme meurent tous ceux qui sont venus au monde. Marie fut donc ensevelie et enterrée, devant un grand concours de peuple. Et personne ne sort de sa tombe que le Christ ne l'ait ordonné.»
Et, un peu plus loin, il précise:
« Les corps de ces deux saints personnages sont restés dans leurs sépulcres, dans l'attente du glorieux jour de la Résurrection, quant le Seigneur Jésus, au son de la trompette de Dieu, descendra du Ciel et que les morts dans le Christ ressusciteront. Parmi ces morts se trouveront Marie et Joseph qui, en vérité, jouissent actuellement de la présence divine en ce lieu de félicité que la Bible appelle en certain endroit le Paradis, et ailleurs le sein d'Abraham. » [Monroy, op.cit., p. 38.] Et alors, devant cette affirmation péremptoire du directeur de La Vérité, ce journaliste habilité par sa profession à être instruit de tout, le lecteur chrétien sera rassuré et se dira en aparté : « C'est un moindre mal! »
A la page 40 de son livre, M. Monroy fait plus amplement allusion à certains arguments relatifs aux difficultés qu'ont les âmes des défunts à entrer en communication avec le monde matériel; puis il termine le chapitre en question par ces mots:
« Les morts n'ont pas les moyens d'entrer en communication avec les vivants. La Vierge Marie est morte. Saint Joseph est mort. Tous deux sont trépassés. Et les trépassés, disent les théologiens et commentateurs catholiques, ne peuvent revenir sur la terre. Et, s'ils ne peuvent y revenir, les fillettes de Saint Sébastien de Garabandal, de Lourdes et de Fatima, bien qu'elles le croient, n'ont vu ni la Sainte Vierge, ni saint Joseph. Elles ont été trompées par le diable, ainsi que nous aurons l'occasion de le démontrer plus loin, et l'Eglise catholique s'est employée et s'emploie encore à répandre ce mensonge.» [Monroy, op.cit., p. 41.]
Dans les chapitres suivants du présent ouvrage, nous aurons l'occasion
de constater l'habileté de ce « Diable » à réveiller
la piété du peuple, attirer les foules, redresser les conduites,
obliger les fidèles à renoncer au monde et à se livrer
à une vie de prière, de sacrifice et de pénitence.
Phénomène surprenant d'efficacité apostolique, qui
s'est produit à Lourdes, à Fatima, à Garabandal et
ailleurs... Mais M. Monroy nous démontre aujourd'hui que ce merveilleux
apostolat n'est pas l'œuvre de Dieu, m celle de la Sainte Vierge, ni celle
de l'Enfant Jésus, de saint Joseph ou des anges, mais celle du Diable...
D'un pauvre Diable, en vérité, à qui, semble-t-il,
rien ne réussit... Car, s'il n'y prenait garde et continuait à
faire preuve d'une telle habileté et a rencontrer un tel succès,
il pourrait d'ici peu éprouver une surprise, celle de voir d'imposantes
multitudes, totalement abusées par lui, transformées par
la foi à cause de ses « fausses apparitions », prendre
le chemin du repentir et du salut. Béni soit, en vérité,
l'« Ennemi » qui fait un si bon travail!
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