1. — Jean-Antoine Monroy a publié un livre qui a pour titre: « Le Mythe des Apparitions ». En frontispice de ce livre figure une photographie où l'on voit les protagonistes des événements dits miraculeux de Garabandal. Ce livre a été imprimé à Tanger par les éditions Pisga. Sur la première page se détache, en manière d'épigraphe, une phrase d'Ethelbert Stauffer: « Qu'est-ce donc que le mythe? C'est — répondrons-nous — le langage de toute religion. »
Les événements, en apparence miraculeux, de Saint Sébastien de Garabandal ont servi de prétexte au directeur du journal La Vérité, pour écrire un ouvrage animé d'une violente passion contre les apparitions de la Sainte Vierge. Aux yeux de M. Monroy, Saint Sébastien de Garabandal (comme Lourdes et Fatima), n'est qu'une suite ininterrompue de contradictions et d'erreurs, habilement présentées par l'Eglise.
Si le livre de M. Monroy a été écrit avec le sans-gêne et la liberté d'esprit d'un journaliste et d'un homme de la rue, on ne s'étonnera pas qu'un autre homme de la rue lui apporte la contradiction. Car moi aussi, je m'intéresse aux apparitions. J'ai même publié aux Editions Studium, en 1961, au sujet de ces manifestations incompréhensibles du monde surnaturel, un ouvrage intitulé: Stigmatisés et Apparitions [Comme preuve de l'intérêt que l'auteur a toujours porté au sujet des apparitions, nous signalons qu'il a fait jouer en première audition, le 31 août 1964, au Théâtre Pereda de Santander, une pièce interprétée par la Compagnie Mary Carillo, intitulée : Message de Lumière, Le Mystère de Fatima, et signée par lui, sous le pseudonyme de Ventura del Val.]. Ni M. Monroy, ni moi-même, nous ne sommes des théologiens et nous manquons certainement tous les deux de la formation nécessaire pour traiter de sujets aussi transcendants. Cependant, ce sujet nous intéresse tous les deux; nous l'avons étudié l'un et l'autre, et nous avons eu l'audace de donner le jour au produit de nos efforts. Mais, entre nous il existe une différence essentielle : M. Monroy, à l'entendre, ne croit qu'en Dieu et en la Bible. L'auteur de ce livre, par contre, a reçu le don de croire aussi à tout le reste... En tant que fils soumis de l'Eglise, il accepte d'une foi humble et sincère toutes ses décisions. En conséquence, avant même d'étudier la question, et cela avec une foi et un enthousiasme d'autant plus grands qu'il l'approfondissait davantage, l'auteur de ce livre croyait déjà fermement à l'apostolat de la Sainte Vierge par le moyen de ses apparitions; il a toujours cru fermement à Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse, à Notre-Dame de la Salette, à Notre-Dame de Lourdes, à Notre-Dame de Fatima... Et, avec ce qu'il a pu voir et vérifier à Saint Sébastien de Garabandal, il croit qu'il s'est produit là et qu'il continue à se produire des phénomènes extraordinaires, qui échappent à toute explication naturelle.
M. Monroy s'est servi de Garabandal pour attaquer l'Eglise catholique. Qu'il me permette à mon tour de trouver dans la défense de celle-ci une raison adéquate pour exposer dans ce livre, à titre d'historien, ce qui s'est passé et continue encore à se passer à Saint Sébastien de Garabandal. Car, les événements dont ce village est le théâtre ne sont pas de ceux qui « sont passés et tomberont dans l'oubli »,comme quelques-uns le pensent. Pour nous, Garabandal, c'est de l'histoire vivante, chaque jour plus palpitante, et dont l'authenticité est renforcée par la promesse d'un miracle public qui sera annoncé en temps voulu; en effet, une telle promesse serait vouée à demeurer dans une impasse, si les faits que nous rapportons ne correspondaient pas à une réalité surnaturelle. Et l'on voit mal la nécessité qu'auraient eu les petites voyantes à compromettre ainsi la validité de leurs prédictions, et à se faire passer finalement pour des comédiennes, si elles n'étaient elles-mêmes assurées de la réalité indiscutable des apparitions...
2. — Dans la première partie de cet ouvrage je me propose de répondre aux attaques de M. Monroy contre l'Eglise et les apparitions qu'elle approuve. Dans la seconde partie, je raconterai, très sommairement, l'histoire de Garabandal, toujours avec les réserves qui s'imposent devant des faits incompréhensibles, non encore sanctionnés par l'autorité ecclésiastique.
Cette seconde partie sera soumise à la censure, comme le fut d'ailleurs mon ouvrage précédent sur les Stigmatisés et Apparitions, lequel devait mériter l'approbation ecclésiastique. Mais cela ne signifie pas que ladite censure, en approuvant mon travail, sanctionne pour autant la réalité surnaturelle des phénomènes qui doivent encore être soumis à une étude scrupuleuse. En conséquence, les mots que j'emploie de « visions », « extases », « ravissement », « Vierge », etc... ont une simple valeur d'interprétation, toujours en rapport avec ce que les témoins oculaires disent et entendent, sans que le lecteur doive considérer qu'ils impliquent une affirmation quelconque de la réalité absolue.
Toutefois, devant les sévères attaques de M. Monroy, un devoir de conscience m'oblige à venir à rencontre de ses affirmations, en faisant une simple relation des faits aussi objective, sincère et loyale que possible. Nous n'oublions pas, en effet, que, dans des circonstances déterminées, on peut aussi pécher par omission.
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