UN TEMOIGNAGE DE JEUNES
L'occasion était trop belle.
Après avoir noté ce dialogue sous la tente de Madame X revenue
en France, nous avons rassemblé autour de la table de famille, en
présence du père et de la mère, cinq de leurs garçons
et une de leurs filles, et nous les avons questionnés.
Nous ne résistons pas au
plaisir de livrer leurs réponses si spontanées; nous avons
ainsi le témoignage de « jeunes » sur une des leurs.
Bernard 16 ans:
— Moi, je. suis entré sous la tente, quand
Conchita disait: « on n'a pas plus ou moins de mérites, on
est plus ou moins aimé ». Je n'ai pas pu m'empêcher
de m'exclamer: « C'est donc toujours la même chose. Il y a
encore des chouchoux dans ton ciel. Ce n'est pas juste ». Elle a
éclaté de rire, de tout son cœur.
Daniel, 7 ans:
— Moi, elle m'a prêté son âne.
J'ai fait une pirouette. Heureusement, je suis tombé à côté
des pierres, dans l'herbe, aux pieds de Conchita.
Michel, 14 ans:
— Et toi?
— Moi, rien.
Les autres:
— Si, si, raconte, on ne rira pas de toi. Raconte,
raconte.
— Eh bien, elle m'a joué un tour! Elle m'a
dit: « monte aux Pins, tu verras la Vierge ».
— Tu blagues, ai-je répondu.
— Non, non, vas-y, elle t'attend.
— Et puis?
— J'y suis allé. Je n'ai rien vu. Je suis
descendu, furieux.
— Et tu l'es encore?
— Non, maintenant, je rigole.
— Et tu lui en veux?
— Ah! non, je l'aime cette Conchita!
— Tu as raison. Tu comprendras plus tard. Les autres:
— Mais il comprend déjà maintenant.
— Comment, pourquoi?
— Allons, Michel, vas-y, va jusqu'au bout.
Michel hésite, renifle et s'accoude sur la table.
— Eh bien voilà. Elle m'a regardé
en souriant, et a murmuré: tu seras prêtre.
— Ah! ça!...
— Oui, ah! ça! Ce n'est pas drôle,
je n'y avais jamais pensé. Me voilà beau, maintenant.
Philippe, 15 ans:
— Ne t'inquiète pas, Michel, on verra
cela plus tard!
Guy, 13 ans, le plus nerveux des garçons,
intervient:
— Quel numéro cette Conchita! Et tous en
chœur:
— Ah! oui, c'est un numéro, Conchita, un bon
numéro, mais un vrai! »
— Doucement les garçons, doucement.
— C'est qu'elle n'y allait pas doucement, elle.
Très simple, très gaie, très ouverte, et très
taquine avec nous tous. Elle n'hésitait pas à se bagarrer
gentiment avec nous. Nous lui disions : tu es un garçon manqué.
Elle répondait: vous n'êtes que des filles manquées.
Nous avons travaillé à l'herbe avec elle et on a rudement
chahuté. On lui jetait du foin, et elle a essayé de nous
en faire manger. Nous aussi d'ailleurs et les premiers.
Les garçons en ont chaud
encore, et on ne s'entend plus.
— Du calme! du calme mes enfants!
L'aîné nous
regarde et voici les dernières paroles de ses 16 ans:
— Avec cela, une fille « impec ». Là,
pas d'histoires. Impeccable, impeccable, Conchita. Elle montait avec nous
aux champs, mais des garçons plus âgés ne pouvalent
pas l'accompagner. Ah! si toutes les filles lui ressemblaient, on n'aurait
plus de tentations!
La petite sœur est montée
sur la table, pendant la conversation avec ses frères.
— A toi, Françoise, à ton tour.
— Moi, j'ai joué aussi avec elle, dans l'herbe.
Mais surtout, Conchita me gardait près d'elle, me tenant par la
main.
— Elle parlait?
— Non, elle me souriait.
— Pas de souvenir?
— Si, une image, je vais vous la chercher.
Nous avons l'image sous les yeux.
Au recto, notre Thérèse de Lisieux (Teresita, comme on l'appelle
en Espagne) en première communiante, le 8 mai 1884. Avec ces vers
en français:
Oh! que j'aimais Jésus-Hostie
Qui vint au matin de ma vie
Se fiancer à mon âme ravie!
Oh! que j'ouvris avec bonheur
Mon cœur!
Au verso, en espagnol:
«
Pour Françoise, en souvenir et en gage d'affection de celle qui
désire que tu l'aimes toujours par Jésus et Marie. Une question:
qui aime le plus leurs cœurs, toi ou moi? Toi, prie pour moi. Moi, je prie
pour toi.
Conchita Gonzalez
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Conclusion:
Nous nous tournons vers le père
de famille, 40 ans, qui a suivi avec la plus grande attention, la déposition
de sa femme et celle de ses six enfants.
— Concluez, heureux époux, heureux père!
— Garabandal! Un coin de paradis! Il y a deux Conchita
heureusement, celle de ma femme et celle de nos enfants. Elles se complètent
admirablement.