Ce qui suit est la seconde partie
de la conversation de Jacinta avec le même interlocuteur. Nous estimons
qu'elle est de la plus haute importance pour comprendre l'attitude actuelle
de Mari Cruz.
Jacinta s'y révèle ferme et volontaire, capable de croiser le fer et de frapper au bon endroit.
Les réponses de Mari Cruz indiquent à l'évidence que, comme l'a dit depuis longtemps Conchita, elle ne parle pas par elle-même, ce qu'elle dit ne vient pas d'elle-même.
Son interlocuteur demande à Jacinta: As-tu parlé avec Mari Cruz après qu'elle a simulé une extase devant Monseigneur PEvêque, après qu'elle a été interrogée par M, le chanoine Odriozola, greffier de la Commission de Santander?
Réponse de Jacinta:
J'ai demandé à Mari Cruz:
— Oui, j'ai simulé une extase... Alors, j'ai continué:
Jacinta, tu te crois donc meilleure que moi, aujourd'hui?
A ce moment, Mari Cruz montre que l'entretien l'importune. Je continue cependant:
Elle se fâche, et, en colère: Parce que tu crois être seule à avoir vu la Vierge, parce que tu crois que moi, je ne l'ai pas vue... parce que cela m'enrage qu'on dise ce qui n'est pas...
Alors Mari Cruz ajoute: Tout
cela vient de l'ambiance du village. Oui, le Padre Odriozola me l'a expliqué
à Santander: c'est l'ambiance du village qui est la cause de...

Jacinta conclut:
Mais ne croyez pas, Monsieur, qu'à cause de de cela, Mari Cruz soit mauvaise. Non, non, Mari Cruz est bonne... Elle ne parle pas par elle-même, d'elle-même».
Nous voilà donc une fois de plus devant la vérité.
Mari Cruz n'admet pas que Jacinta pense qu'elle-même, Mari Cruz, n'a pas vu la Vierge. De plus elle affirme qu'à Santander on lui a fait comprendre que les apparitions étaient le résultat de l'« ambiance » créée au village par la population et par les étrangers.
Ici, nous venons au secours de la mémoire de Mari Cruz dont la nervosité est responsable d'une omission très importante. Si elle avait dit tout ce qui s'est passé à Santander le 24 juin 1965, elle aurait avoué à Jacinta deux de ses réponses dont nous garantissons l'authenticité absolue:
— Quand j'ai simulé une extase, à l'évêché, Monseigneur m'a dit, au bout d'une minute: « cela suffit ».
— Quand on m'a parlé de la nature des extases, j'ai répondu: « lorsqu'elles étaient vraies, on ne voyait rien, on n'entendait rien autour de soi. Lorsqu'elles étaient fausses, on voyait et on entendait tout ». Pauvre et chère Mari Cruz, comment sait-elle ce qu'est une extase... vraie? [Une lettre utile.
J'ai séjourné de nouveau, cet été de 1966, à Gatabandal.Il m'a été plus facile de voir souvent Mari Cruz, car elle était relativement plus souvent devant la porte de sa maison. Je ne sais pourquoi, mais dès le début de ce séjour, j'ai éprouvé le besoin de l'approcher et de la mieux connaître.Elle est très gentille, son regard est très franc. Cette adolescente qui est la plus délaissée est une de celles qui souffrent le plus.Je commence, je crois, à comprendre un peu son attitude.J'ai, en effet, été témoin, un soir, en revenant de prier aux Pins, avec deux jeunes filles espagnoles d'une crise de Pilar, le mère de Mari Cruz. Elle s'en prit à mes compagnes à cause de leurs dévotions aux Pins et de leur attachement à la cause de Garabandal.Ce fut horrible. Malgré mon âge et ma profession, moi, parisienne, j'avais très peur.Je ne suis plus retournée devant sa maison après cette scène incroyable, tellement l'attitude de Pilar m'avait troublée. L'ayant vue souvent auparavant, je ne pouvais l'imaginer telle qu'elle fut en cette occasion.Je ne connais pas le père de Mari Cruz, mais que peut faire cette adolescente de seize ans devant une mère déchaînée comme il m'a été donné de la voir? Pas grand-chose; et pour avoir la paix, la pauvre petite a dû céder et faire cet affreux messonge.