UN CURÉ DE CAMPAGNE A GARABANDAL

MEMOIRES

à l'occasion des quelque deux cents apparitions de Notre-Dame du Carmel et de l'Archange Saint Michel auxquelles j'ai assisté à San Sébastian de Garabandal.
par
M. L'ABBE JOSE RAMON GARCIA DE LA RIVA, curé de Barro (Llanes). Asturies. Espagne.
Traduction : GERARD SUEL, 1978


PROFESSION DE FOI CATHOLIQUE

Je ne prétends pas me substituer à notre Mère, la Sainte Eglise Catholique.
Tout ce que je rapporte ici, je le soumets finalement à son jugement, et je me soumets d'avance à sa décision définitive.

Don José Ramon Garcia de la Riva,
Curé de la paroisse de Notre-Dame des Douleurs
Barro de Llanes (Asturias)
Espagne.

N.B. - A la demande du Saint Siège, ce livre, en sa première édition, a été remis par son auteur, en mai 1971, à Mgr l'Archevêque d'Oviedo pour être remis à la Nonciature de Madrid et à la Sacré-Congrégation pour la Doctrine de la Foi (ex. Saint Office).

I. PRELIMINAIRES ET CONTRADICTIONS

    Je crois bien connaître l'essentiel des Apparitions de Notre-Dame du Carmel et de Saint Michel dans le petit village de San Sebastian de Garabandal, dans la province et le diocèse de Santander.

    J'ai été le témoin oculaire, auriculaire aussi de deux cents extases environ. J'ai entendu les réflexions des voyantes au temps de leurs épreuves qui ont suivi celui de leurs certitudes absolues. J'ai gardé de nombreuses lettres qu'elles m'ont écrites, surtout au début des Faits. Ce que j'ai vu, entendu et parfois touché de mes mains, je me permets d'en rendre témoignage publiquement, avec une loyauté sacerdotale humble et ferme.

    Ce témoignage, j'autorise mes amis français à l'appeler

"Les Mémoires du Curé de Barro"

* * *

    C'est une vérité d'expérience commune que Dieu a ses heures et compte avec les hommes, bien qu'en réalité, même en se servant d'eux. Il fasse tout. A Garabandal, on voit clairement l'œuvre de Dieu, si l'on prête attention, avant tout, à l'ensemble des faits et aux personnes qui y furent mêlées. Les faits se succèdent les uns aux autres, les humains révèlent leurs vrais visages et nous permettent de contrôler leur propre participation: tout et tous réalisent l'œuvre divine d'une manière déconcertante en même temps que simple.

    Si je l'osais, je dirais que Dieu agit comme dans un théâtre de marionnettes, non pour nous amuser mais pour nous instruire et nous éduquer. Ces marionnettes, il les ordonne selon un plan qu'il a tracé, et il les manie à sa guise, en comptant sur leur docilité. Parfois, ou souvent, les hommes refusent de jouer leur rôle, ou s'obstinent à troubler ce plan, avec ou sans malice. Heureusement, il sera toujours vrai que la Providence écrit droit avec des lignes courbes pour mettre en relief l'opération des humains et surtout la sienne.

* * *

    Ces Mémoires englobent les huit années qui vont de 1961 à 1968 inclus. Ils comprennent donc aussi la période de 1966 à nos jours, celle des épreuves des voyantes au sujet de la réalité de leurs apparitions. Je n'en parlerai pas ex professo, mais je veux en dire tout de suite quelques mots. Nous aurons ainsi l'occasion de constater que Dieu n'a pas changé sa manière d'écrire l'histoire de l'humanité.

    Dès 1961, dès la fin des deux mois qui suivirent le début des événements, les petites filles disaient, en extase, à la Vierge qu'elles voyaient et qui leur parlait: "Comment pourrons-nous dire un jour que nous ne t'avons pas vue, puisque nous te voyons?" C'était l'évidence et la logique même.

    Pourtant le temps des rétractations, ou plus exactement des contradictions est venu, et il semble bien que même aux heures de retour à la certitude, de mystérieuses obscurités les torturent encore, malgré une paix apparente. J'ai bien écrit "le temps des contradictions", car, tout au moins pour Conchita, Loli et Jacinta, examinant avec soin leurs réponses, il n'a jamais été question de négation ferme, absolue.

    Qui peut comprendre cette épreuve, sans se reporter au mystère de la Providence?

    Surtout si l'on s'arrête à ce que je vais ajouter par manière d'exemple, pour rester dans les limites de mon propos à ce sujet.

    En pleine période de rétractations, mieux de contradictions, Conchita se trouvait à Burgos, dans son collège, et Loli, dans le sien, à Balmori, ma desserte. Le Père Morelos, prêtre mexicain parlant donc leur langue, leur présenta à chacune une image de la Vierge de Garabandal peinte par un artiste de son pays, du nom d'Octavio. Séparées l'une de l'autre par tant de kilomètres, leurs réponses furent identiques: "Cette image ne représente pas Celle que nous avons vue; la nôtre n'avait pas une couronne posée sur la tête, comme celle-ci, mais un diadème de douze étoiles qui formait un cercle derrière la tête, en partant du bas des oreilles; elle n'avait pas la tête inclinée; ses cheveux lui tombaient sur les épaules; elle n'avait pas de ceinture; au poignet droit, elle portait un scapulaire, en forme de manipule; les rubans de celui-ci étaient plus larges que ceux de votre image; sur une des faces, il y avait une montagne, sur l'autre, une croix".

    J'étais présent à la conversation de Balmori. Quand elle fut terminée, je posai à la voyante une question: "l'avez-vous vue, oui ou non ?" Elle rougit, et avec un sourire, à la fois confus et exquis, elle répondit, comme toujours: "Celle que nous disions avoir vue!"

    C'était en 1967

* * *

    Le soir du 18 août 1968, un an plus tard, je me trouvais à Garabandal. J'y ai lu une lettre datée de ce jour-là que Conchita adressait à une dame de Santander, et dans laquelle elle donnait son sentiment sur un tableau de la Vierge peint par un artiste étranger. "Non, disait-elle, l'Enfant Jésus ne me plaît pas du tout — il ne lui ressemble en rien — ses yeux étaient de couleur châtain — sa figure était plus allongée — ses bras étaient plus ouverts et dirigés vers le bas". Au sujet de la Vierge, elle notait: "elle me plaît mieux que celle qu'on a peinte à Barcelone. Elle a une figure plus humaine et plus réelle, bien qu'on ne puisse reproduire la Vierge telle qu'elle est en réalité".

    Si j'avais posé, à ce moment-là à Conchita, la même question qu'à Loli, à Balmori, aurais-je obtenu la même réponse? C'est fort possible.

* * *

    Je livre ces détails à qui voudrait, devant les contradictions apparentes des voyantes, approfondir l'étude passionnante des événements de Garabandal.

    De plus, dans le seul but de combler les lacunes de quelques informations, de quelques écrits, je vais raconter, tout simplement, au courant de la plume, ce que j'ai vu, ce que j'ai entendu, ce que j'ai pu vérifier, contrôler à l'occasion de mes nombreux et fréquents passages dans le village.

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