XII. LES APPELS, L'ANNONCE ET LA REALISATION DU "MILAGRUCU"

par M. L'ABBE JOSE RAMON GARCIA DE LA RIVA, curé de Barro (Llanes). Asturies. Espagne.
Traduction : GERARD SUEL, 1978

    Le 2 juillet 1962, j'étais monté à Garabandal avec l'intention d'y rester quatre jours. C'est ce que je fis, ne rentrant à Barro que dans la soirée de ce 5 juillet.

    L'après-midi du 2, j'étais aux Pins avec les voyantes. Elles s'amusaient autour des arbres, et j'étais assis près d'elles tout heureux de constater leur bonheur. Elles jouaient de tout leur cœur, aussi normales en cela qu'elles l'étaient en toutes choses, à l'école, à l'église, aux travaux des champs chez elles, partout. Leur bonheur à ce moment-là était pareil à celui qu'elles ressentaient mais essayaient de cacher lorsqu'elles avaient leurs fameux "Appels" dont je dois dire quelques mots avant d'aller plus loin.
 

Les Appels

    Les "Appels" étaient des avertissements mystiques qui les faisaient tressaillir à l'intérieur d'elles-mêmes. Pour ne pas les extérioriser, pour que leur entourage ne puisse pas s'en douter, elles s'efforçaient de les cacher, de dérober les effets mystérieux qu'ils provoquaient en elles. Mais ceux qui avaient quelque expérience des extases pour être allés souvent à Garabandal, se rendaient parfaitement compte de ce qui se passait. Ils n'ignoraient pas qu'il y avait trois "appels", ni qu'au dernier, l'extase était imminente, quasi immédiate. Il est vrai aussi que parfois les petites faisaient des confidences spéciales à des personnes de leur choix, en les avertissant au moment même: "j'ai un appel"; ou encore: "le second appel est venu...".

    On peut voir facilement cette espèce de nervosité joyeuse, heureuse des "Appels" sur un film de 8 m/m des premières apparitions, au temps où peu de monde connaissait ces "prémonitions mystiques". On y distingue les deux frères Andreu, les Pères jésuites. Il semble avoir été fait le jour, ou plutôt, la veille du matin de la mort de l'un deux, le Père Luis. Il y a beaucoup de copies de ce film de par le monde. Malgré leurs efforts pour la cacher, la joie intérieure des fillettes se reflète extérieurement. Bien qu'elles ne soient pas encore en extase, leur comportement extérieur l'annonce, car il est tout différent de celui de leur vie normale.

L'Annonce

    J'en reviens à la scène de plus haut aux Pins, après cette digression qui n'en est que la moitié d'une parce que la joie des petites était pareille à celle des "Appels".

    Subitement, Conchita se détache du groupe, s'approche de moi, et sans préambule, à l'improviste:

— Père, je vais vous dire en quoi va consister le Miracle de l'Ange!

    Curieux, certes, mais m'interdisant toute manifestation de mes sentiments, je lui réponds:

— Conchita, s'il s'agit d'un secret, tu ne dois pas me le révéler.

    Alors, je la vois se retourner vers les trois autres, comme pour les consulter:

— N'est-ce pas qu'on va le lui dire, à lui ?

    Et toutes trois sans quitter l'endroit où elles se trouvaient, le cercle appelé "le Pin de la Vierge", d'approuver:

— Oui, on va le lui dire.

    Alors, je me levai:

— Bien. Mais vous allez parler, chacune à votre tour. Venez ici, une à la fois.

    Conchita parla la première; puis ses compagnes, l'une après l'autre. La confidence fut identique:

— On va voir "la Forma".

    En d'autres termes: "jusqu'à maintenant, quand l'Ange, nous donne la communion, on ne voit jamais l'hostie sur la langue. Bientôt, il n'en sera pas ainsi, on la verra".

    Sans qu'aucune ne m'annonce que Conchita seule serait l'objet de cette faveur, ni ne m'en donne la date exacte; alors que personne ne savait encore en quoi consisterait ce "milagrucu" — ce "petit miracle" — comme disait Conchita, sans m'y attendre le moins du monde, j'étais mis dans le secret des quatre voyantes; je savais qu'un jour viendrait où les assistants verraient de leurs yeux une hostie consacrée sur la langue qui la recevrait.

    C'était le 2 juillet 1962, dans l'après-midi, aux Pins. A ce moment, Conchita elle-même n'en connaissait pas encore la date exacte. Elle ne m'en parla plus quoique je ne dusse quitter Garabandal que le 5, pour arriver le soir dans ma paroisse à Barro. Bien que j'eusse été averti de la nature du Miracle de la "Forma", le tout premier, je n'en connus pas davantage et je ne pus être au rendez-vous de l'Ange dans la nuit du 18 au 19 de ce mois.

    En descendant des Pins, Loli communiqua la nouvelle de la nature du Miracle à son père, Ceferino. Conchita l'ayant appris en fut très fâchée:

— Maintenant, dit-elle à sa mère, dans leur cuisine, c'est certain, l'Ange ne fera pas le Miracle, car Loli en a parlé à son père.

Le "Petit Miracle"

    Le "milagrucu", malgré ce désappointement momentané de Conchita se réalisa quand même, et il convient d'en relire la relation dans son Journal.

    "Lorsque arriva le 18 juillet, le village se remplit de gens. Tous voulaient voir le miracle. Ce jour-là était le jour de fête du village. Le 'bal avait lieu près de ma maison, mais en deux maisons voisines, des groupes récitaient le chapelet. D'autres personnes pendant ce temps-là essayaient de faire cesser le bal; ils disaient que si l'on continuait à danser, il n'y aurait pas de miracle. L'un de ceux qui voulaient arrêter le bal, Ignacio Rubio, me demanda si je voulais qu'on arrête la danse. Je lui répondis alors:

— Avec ou sans bal, le miracle aura lieu...

    Alors on n'a plus discuté davantage au sujet du bal.

    Le soir arrivé, les gens étaient inquiets car il se faisait tard. Moi, par contre, comme la Vierge et l'Ange m'avaient dit que le miracle aurait lieu, je n'avais pas peur, car jamais la Vierge, ni l'Ange ne m'ont annoncé une chose qui ne se soit pas réalisée exactement.

    A 10 heures du soir, j'avais déjà eu un appel. A minuit, un autre appel. Puis à 2 heures du matin, l'Ange m'apparut dans ma chambre, chez moi, alors que j'étais en compagnie de ma mère, de mon frère Aniceto, de mon oncle Elias, de ma cousine Luciuca et d'une jeune fille d'Aguilar del Campo, Maria del Carmen Fontaneda. L'Ange resta peu de temps avec moi. Il me dit comme les autres fois: "Récite le" Je confesse à Dieu "et pense à Celui que tu vas recevoir". Ce que je fis. Puis il me donna la Communion et me fit réciter "Anima Christi", et me fit faire mon action de grâces en gardant la Sainte Hostie sur ma langue sortie, jusqu'à ce que la Vierge arrive. Je fis ainsi, et quand la Vierge arriva, elle me dit: "Tous ne croient pas encore." Elle me demanda ensuite de réciter le chapelet, ce que je fis".

    Ce fut un "grand" miracle. Nombreux en furent les témoins oculaires, en cette nuit mémorable. Des dizaines d'entre eux donnèrent leur nom et leur adresse en assurant qu'on pouvait en appeler à leur témoignage. Il suffit de consulter à cet égard, par exemple don Valentin et le Dr. Ortiz de Santander. En réalité, parmi ceux qui "ont réellement vu", il ne s'est trouvé personne, à ce moment-là, pour affirmer le contraire.

    Conchita avait écrit à l'Evêque pour lui dire qu'il devait être présent au village, ce jour-là, ainsi que l'abbé Odriozola, un des membres de la Commission. Ni l'un ni l'autre ne répondirent à l'invitation et le délégué qui les remplaça ne vit pas le Miracle de ses yeux, car la cohue l'en empêcha.

    Qui s'en étonnera? Dieu seul peut poser ses conditions. Ceux qui avaient été appelés au Miracle nommément n'étant pas présents, ceux qui devaient être là étant absents, la porte de l'Evêché s'était fermée à la lumière...

    Aussi, à partir de ce "fait" extraordinaire certains ecclésiastiques répandirent-ils le bruit que tout avait été supercherie, et les explications les plus saugrenues furent colportées, ça et là...

    Nous mettons quiconque au défi de contredire les témoins oculaires qualifiés du Miracle de la Forma. Ils étaient sur place, ils "virent de leurs yeux", ils firent leurs rapports, et ils sont prêts à se laisser brûler vifs pour attester la véracité du « fait ». (Voir en fin de livre (chapitres XXX et XXXI) les témoignages de Pépé Diez et de Benjamin Gomez).

par M. L'ABBE JOSE RAMON GARCIA DE LA RIVA
"MEMOIRES UN CURÉ DE CAMPAGNE ESPAGNOL"

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