XIII. UNE COMMUNION MYSTIQUE

DE CONCHITA AUX PINS

    Un jour du mois d'août 1962, don Valentin resté à Cosio, dans la vallée, nous avait permis, à don Luis Rete-naga, de Renteria, à un autre prêtre basque comme lui, et à moi-même, de célébrer la messe dans l'église du village. Mais à la condition expresse que ce fût toutes portes closes, fermées à qui que ce fût.

    Le Père Retenaga célébra la première messe; moi la seconde, et je servis celle du confrère basque.

    Priant la Vierge, je lui fis une demande:

— " Notre-Dame, si nous ne pouvons pas donner la communion à Conchita, que l'Ange la lui donne. Permettez que nous ayons ainsi la preuve que les communions mystiques sont bien authentiques.

    Vous savez comme moi que ces petites ont un véritable désir de communier, mais que par suite de leurs occupations elles n'y arrivent pas toujours ".

    Au bout d'un moment, je me rendis compte que quelques personnes d'abord discutaient à l'extérieur de l'église. Au bruit et aux commentaires qu'elles faisaient, il était évident que leur nombre augmentait. Elles essayaient d'entrer, secouaient la porte, puis restaient sur place, bavardant sous le porche.

    Je m'adressai donc une seconde fois à la Vierge:

— Mère, qu'il me soit possible de sortir de cette église, pour aviser Conchita qu'elle a l'occasion de communier après la dernière messe.

    Cela dit, je commençai à prier avec dévotion trois Ave Maria... Eus-je le temps d'achever le troisième? Je ne m'en souviens pas, mais je m'aperçus parfaitement que les bruits du dehors avaient cessé comme par enchantement... J'allai à la porte, à pas de loup, et je regardai par le trou de la serrure: je ne vis personne. J'ouvris avec précaution, et risquai un coup d'œil au banc de pierre adossé au mur: il n'y avait plus âme qui vive. Sans hésiter je me mis à courir sur le chemin descendant vers la maison de Mari-Cruz pour prendre la ruelle conduisant chez Conchita: personne non plus. Tout me réussissait à souhait. J'arrivai, toujours courant, chez Aniceta: elle préparait les hottes du baudet qui devait emmener Conchita vers la montagne avec le repas de ses frères.

— Aniceta, Aniceta, où se trouve Conchita?

    Elle leva la tête, me regarda durement et d'un ton pour le moins acerbe, répondit:

— Vous les prêtres, vous êtes en train de perdre ma fille.

    Voilà je ne sais combien de temps qu'elle est aux Pins avec quelques-uns d'entre vous. Or elle devait porter le repas à ses frères qui doivent avoir bien besoin de manger maintenant.

— Je venais dire à Conchita que si elle voulait communier, nous pourrions maintenant lui donner...

    Je n'eus pas le temps d'achever ma phrase...

— Communier, communier ! Le devoir passe avant la dévotion ! Un point, c'est tout ! Il aurait mieux valu qu'elle aille donner à manger à ses frères qui l'attendent sûrement avec impatience... !

    A l'instant même arrivait Conchita. Elle était accompagnée de trois ecclésiastiques qui, vus à contre-jour, me parurent être des Pères Carmes.

    Aniceta gronda durement l'enfant. Humblement, la tête basse celle-ci risqua:

— C'est que l'Ange m'a donné la communion...

— L'Ange? L'Ange? murmura Aniceta toute décontenancée... Eh bien, va maintenant, c'est l'heure du repas de tes frères.

    Pourquoi Aniceta me regarda-t-elle immédiatement? Qui peut le dire? En tout cas j'ai dû l'intriguer fortement, car je ne pouvais cacher ma joie. J'étais trop heureux de remercier immédiatement la Vierge de m'avoir donné les deux preuves que je lui avais demandées au sujet de l'authenticité des communions mystiques, de m'avoir exaucé si vite et d'une manière si inattendue.

    Il ne restait plus à Aniceta et à moi-même qu'à nous asseoir pour écouter les nouveaux venus. Ceux-ci n'avaient qu'un désir, raconter ce qui venait de se passer aux Pins.

— Aniceta, ne vous y trompez pas : nous ne sommes pas des prêtres mais des frères hospitaliers de Saint Jean de Dieu. Jamais nous n'aurions pu espérer une histoire plus extraordinaire que celle qui nous est arrivée. Ecoutez-la.

— Nous sommes arrivés avant-hier à Celorio de Lianes pour y suivre des exercices spirituels qui commencent ce soir à 21 h. 30. Comme nous avions du temps, nous avons décidé de monter à Garabandal. Nous étions quatre, mais à la dernière minute l'un de nous s'est désisté. Une voiture nous a amenés de Celorio à Cosio d'où nous sommes montés en jeep. Ne connaissant pas votre village, nous avons gagné aussitôt les Pins. Survint bientôt une fillette accompagnée de tout petits enfants. Nous avons voulu partager avec elle notre casse-croûte, mais elle nous a dit:

— Non, l'Ange va me donner la communion.

    Il était midi.

    Nous n'étions pas encore remis de notre étonnement de pareille réponse, que devant nous, comme foudroyée, elle tomba à genoux en extase, la tête fortement rejetée en arrière. Nous avions un appareil photographique, mais nous ne savions pas bien nous en servir. L'un de nous a quand même fait ce qu'il a pu. Nous avons donc assisté au déroulement complet d'une communion mystique, ce que nous n'avions jamais vu.

    Pendant son extase, la fillette vint soulever nos scapu-laires et les présenta un par un à l'Apparition. En même temps elle lui disait les noms exacts de celui qui le portait. Imaginez-vous l'impression indéfinissable que nous ressentions?

    Après cela, elle nous a dit:

— J'ai reçu des messages pour chacun de vous. Mais je n'ai pas encore la permission de vous les communiquer. A la prochaine apparition, je la demanderai à la Vierge.

    Alors, j'intervins:

— Frères, quelle chance a été la vôtre! Vous avez vu de jour ce que de nuit vous auriez difficilement distingué. D'ordinaire, les apparitions ont lieu la nuit, après la récitation du chapelet, à l'église, à la tombée du jour. Nous n'avons que la lumière des lampes de poche. De plus nous sommes bousculés, car il y a beaucoup de monde, et tous les assistants veulent voir. Ah, vous pouvez repartir très contents, d'autant plus que vous emportez vos preuves dans votre appareil photographique. Admirez aussi ceci : si vous aviez dû attendre la nuit, vous ne seriez pas arrivés à temps pour commencer votre retraite à Celorio de Llanes.

    Ces bons Frères hospitaliers de Saint Jean de Dieu furent pleinement d'accord avec moi. Ils me promirent de m'envoyer quelques épreuves de leurs photos.

    Ils prirent congé, priant Aniceta de rappeler à Conchita de leur envoyer leurs messages; cependant, délibérément, ils refusèrent de donner leurs adresses personnelles. Je signale ce fait qui me paraît important, car les messages transmis plus tard par la voyante arrivèrent quand même à destination. Quant aux photos, ils n'oublièrent pas de me les faire parvenir, je les garde avec grand respect.

    Cela faisait beaucoup de choses pour moi, ce jour-là, en peu de temps. Les Frères partis et Aniceta me questionnant du regard dans sa cuisine, je conclus:

— Aniceta, vous le savez, je n'ai pas pu assister au Miracle de la Forma, dans la nuit des 18-19 juillet. Aujourd'hui, au sujet de la réalité des communions mystiques, la Vierge m'a donné- des preuves telles que j'en garderai une impression plus profonde que si j'avais vu le Miracle.

— Père, vous m'étonnez.

— Aniceta, c'est pourtant vrai.

par M. L'ABBE JOSE RAMON GARCIA DE LA RIVA
"MEMOIRES UN CURÉ DE CAMPAGNE ESPAGNOL"

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