XIV. LES PREUVES DEMANDEES SONT ACCORDEES

par M. L'ABBE JOSE RAMON GARCIA DE LA RIVA
"MEMOIRES UN CURÉ DE CAMPAGNE ESPAGNOL"

    De nombreuses personnes, intérieurement, mentalement, demandaient au Ciel des preuves de l'authenticité des apparitions de la Vierge à Garabandal. Les réponses leur étaient données par l'intermédiaire des voyantes pendant ou après les extases.

    En août 1962, je passai quelques jours au village.

    Un soir, en sortant de l'église après le chapelet, on me fit savoir que Jacinta était déjà en extase et parcourait le village. J'aurais pu, j'aurais dû la rejoindre. Au lieu de cela, j'accompagnai sa mère Maria jusqu'à sa maison pour y... souper. Et nous mangions quand on ouvrit la porte:

— Jacinta arrive pour donner au baiser de la Vierge les objets qui sont déposés sur la petite table de sa chambre.

— Vite, Maria, dis-je, débarrassez la table pour qu'on ne me voie pas occupé à manger. Et mon assiette disparut prestement dans la chambre même de l'enfant.

    Il était temps, car elle entrait dans la cuisine, en extase. Elle tomba à genoux devant moi, me posa le crucifix sur les lèvres, passa dans sa chambre, y présenta au. baiser de la Vierge tout ce qu'elle avait préparé, et, toujours en extase, regagna le village.

    Inutile de dire que je n'étais pas spécialement fier de moi.

    Après le souper, je pris congé de Maria et de ses hôtes, pour passer chez Maximina, tante et marraine de Conchita, où je devais dormir.

    Là se trouvait un séminariste, de Bilbao, je crois.

— Savez-vous, lui dis-je, si l'une des fillettes aura une apparition pendant la nuit ?

— Oui. Loli a annoncé que la Vierge viendrait à 3 heures du matin.

    On devine aisément ma peine secrète en pensant que la Vierge pouvait me tenir rigueur de n'avoir pas assisté à l'apparition après le chapelet, et spécialement à celle de Jacinta. Je me repris donc intérieurement en me disant: "j'irai à celle du matin, chez Loli, cela me servira de sacri-fice". Et avant de me coucher, j'insistai avec ferveur devant Notre-Dame:

— Voulez-vous me donner une preuve que vous n'êtes pas fachée contre moi?

    Je m'étendis, et je dormis comme une souche.

    Soit dit sans vouloir me disculper, ce séjour à Garaban-dal me fatiguait beaucoup. Il fallait descendre à Cosio pour y célébrer la messe et remonter au village, chaque matin. Puis je m'informais de l'endroit où se trouvaient les enfants et je les y rejoignais pour participer aux travaux des champs. Cela ne ressemblait guère à mon ministère paroissial habituel de Barro.

    Malgré mon lourd sommeil, j'entendis quelqu'un qui accourait à la maison où je reposais. C'était Nandin, un frère de Loli.

    Il heurta la porte en criant:

— Maximina, Maximina! Ouvre vite, Loli arrive!

    J'allumai, je m'assis dans le lit et regardai ma montre:

— Quatre heures moins le quart! Quelle misère: Loli est en extase depuis près d'une heure, et moi... je dors... !

    Au même moment on frappait à la porte de ma chambre. Le temps de tirer la couverture, et je répondis: " entrez ".

    Une violente poussée, la porte s'ouvrit avec fracas, et Loli, en extase, hiératique comme jamais, était là.

    Le plancher de ma chambre était plus bas que celui du palier d'environ 15 centimètres. Du seuil de la porte, Loli tomba à genoux dans la chambre, en contrebas. Malgré la violence de la chute, elle n'avait pas perdu l'équilibre. Puis, toujours à genoux, je la vis s'avancer vers le mur qui faisait face a mon lit, sous un grand portrait de Maximina et de son mari mort depuis quelques années. Là elle se recueillit. Je n'y compris rien, car j'ignorais encore que les voyantes, à leur entrée dans une maison, faisaient ce que je venais de voir: elles priaient pour les défunts de la famille.

    Cela fait, Loli tourna sur elle-même, et toujours à genoux, s'approcha de mon lit. Avec le crucifix qu'elle tenait en main, elle fit un signe de croix sur l'oreiller, me le donna à baiser et... sourit. Un demi-tour, et toujours à genoux, elle regagna la porte. Enfin, arrivée sur le seuil, elle se releva et sortit de la chambre.

    Revenu de ma surprise, une pensée m'assaillit:

— Voilà la Vierge qui visite ses enfants, et moi, je suis au lit.

    Un saut, j'étais levé, habillé, et je sortis précitamment en direction de l'église. Non sans m'arrêter dans la maison de Loli que je vis, toujours en extase, mais cette fois dans sa cuisine.

    Chose incroyable, elle parlait précisément avec la Vierge de ce qui m'était arrivé la veille chez Jacinta et que celle-ci lui avait raconté, entre deux extases. Je l'entendis alors dire à sa Vision qui avait dû l'avertir de mon arrivée:

— Il est ici? Ah, ça alors, c'est trop fort! Ne pars pas d'ici avant lui. Je suis très gênée qu'il ait entendu ce que je te disais de lui.

    Un bon moment, elle insista sur le même sujet, discutant avec la Vierge. Puis, elle fit le signe de croix, l'apparition était terminée.

    Loli, alors me regarda, puis toute honteuse d'elle-même, la rougeur au visage, elle baissa la tête.

— Voyons, Loli, regarde moi. Il ne faut pas rougir d'avoir raconté à Notre-Dame ce qui m'est arrivé hier, pendant l'extase de Jacinta.

— Vous ne me grondez pas ?

— Sûr que non.

— Merci.

    Je ne compris pas tout de suite que ma prière faite dans la chambre de Maximina avait été largement exaucé, car on questionna immédiatement l'enfant:

— Pourquoi la Vierge n'a-t-elle pas été fidèle à l'heure fixée par elle? Nous avons constaté 45 minutes de retard?

— Parce qu'elle a voulu montrer ainsi son mécontentement à l'occasion des réflexions de quelques dames qui se sont moqué, hier soir, des apparitions. Elle était fâchée parce que, avant l'extase, elles m'ont demandé si elle se laquait les ongles, si elle portait collier, bracelet, etc...

    Le lendemain, Ceferino me prit à part:

— Père, hier matin, dès son entrée en extase, Loli s'est rendue immédiatement, et en courant, chez Maximina où vous dormiez.

    Ce fut pour moi enfin la lumière: ma prière confiante et mon repentir avaient été entendus; j'avais reçu la preuve demandée filialement.

    Avant de terminer ce chapitre, j'ajoute que le même fait m'est arrivé une autre fois, chez Maximina encore, à 4 h. moins dix du matin.

par M. L'ABBE JOSE RAMON GARCIA DE LA RIVA
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