XVI. LES VOYANTES ET LES PRETRES

par M. L'ABBE JOSE RAMON GARCIA DE LA RIVA
"MEMOIRES UN CURÉ DE CAMPAGNE ESPAGNOL"

    J'ai constaté et vérifié que les fillettes avaient un grand respect et une véritable admiration à l'égard du sacerdoce.

    Généralement, quand elles étaient en extase dans les maisons, elles s'agenouillaient devant les prêtres pour porter à leurs lèvres le saint Crucifix.

    Elles poussaient même la délicatesse plus loin parfois.

    C'était le 3 juillet 1962.

    Après la récitation du chapelet les quatre petites étaient en extase, ensemble. Nous montâmes aux Pins, et fîmes quelques tours aux environs à leur suite. Ceci en pleine obscurité, à la lumière des lampes de poche. Or, j'ai mauvaise vue. Au moment de redescendre vers le village, je restai donc le dernier pour marcher tranquillement, m'accrochant aux pierres et aux grandes herbes. Sans me préoccuper de constater que les enfants et leur nombreuse suite me distançaient notablement. Certes, je ne serais pas le premier en bas, mais je savais que je finirais bien par y arriver.

    Tout à coup, le cortège entier s'arrêta, me permettant de le rejoindre. Puis, il reprit sa marche, me distançant à nouveau. Il s'arrêta. Je l'atteignis une seconde fois. Aussitôt la manœuvre recommença, et ce fut un troisième arrêt.

    Comme je refaisais la liaison, je vis des gens qui venaient à moi. Croyant que les quatre voyantes remontaient aux Pins, je m'écartai sur la gauche pour les laisser passer.

    Pas du tout, les voyantes venaient à ma recherche...

— Père, me dit alors Ceferino, elles veulent vous faire baiser le crucifix.

    Et j'entendis une dame qui confirmait, car elle avait bien compris les choses:

— Ah, c'était un prêtre que les fillettes attendaient...

    Respect, vénération, délicatesse, affection prévenante, jamais l'attitude des quatre voyantes ne s'est démentie à l'égard du sacerdoce.

    Mieux encore: l'un ou l'autre prêtre fut parfois entendu par les enfants pendant quelque extase.

    Habituellement, en pareil cas, elles ne parlaient pas avec les personnes qui les entouraient, et elles ne les entendaient pas leur adresser la parole. Elles n'entendaient que leurs compagnes et ne dialoguaient qu'avec elles, même si celles-ci n'étaient pas en extase. Ces dernières se chargeaient de converser avec l'extatique si cela était nécessaire ou utile aux assistants.

    Néanmoins, en quelques occasions, elles répondirent directement à des questions ou à des réflexions de don Valentin. Et cela m'est arrivé à moi-même une fois.

    C'était dans la cuisine de Conchita, très exactement le jour de l'affaire du Crucifix de Loli (Voir chapitre IX, #5). Loli, en extase dans cette cuisine, se dirigeait vers la fenêtre pour faire baiser la croix. Comme elle passait devant moi, je lui dis: "et à moi, non?" La foudre l'aurait frappée, qu'elle n'aurait pas paru plus surprise. Elle fit un demi-tour rapide, rit aux éclats, et exauça ma demande.

    Les voyantes obéissaient volontiers et tout simplement aux prêtres. Mieux, en souriant.

    J'étais chez Jacinta. Loli et sa sœur Amaliuca m'avaient remis une enveloppe contenant deux cartes postales, que je n'avais pas eu le temps d'examiner. Je savais seulement qu'elles étaient dédicacées, et je me proposais de les faire embrasser par la Vierge... pour avoir un souvenir.

    Mari-Cruz était à côté de moi à l'état normal. J'en profitai pour l'envoyer à la rencontre de Jacinta qui, elle, était dans le village, en extase:

— Dis-lui qu'elle doit venir chez elle pour donner mes images au baiser de la Vierge.

    Jacinta ne se fit pas attendre, elle entra dans la cuisine, tomba à genoux, se dirigea vers moi, toujours à genoux, me donna son crucifix à baiser. Elle se leva, prit en main une des deux cartes et la tendit vers le haut comme les voyantes avaient coutume de faire quand elles présentaient quelque objet aux lèvres de la Vierge. Je la vis abaisser le bras. Elle l'éleva de nouveau, le rabaissa, et fit une troisième fois les deux mêmes gestes.

— Celle-ci, Elle ne l'embrasse pas, murmura-t-elle. 

    Elle offrit la seconde, et la Vierge l'embrassa.

    Etonné de la chose, j'examinai enfin les deux cartes, et compris immédiatement. La première (était-ce celle d'Ama-liuca, la sœur de Loli?) était un sujet profane tandis que l'autre représentait Saint Pascal Baylon.

    J'ai fait cadeau des deux images au Père Morelos, prêtre mexicain, pour qu'il ait la joie de posséder au moins un souvenir de la Vierge de Garabandal.

par M. L'ABBE JOSE RAMON GARCIA DE LA RIVA
"MEMOIRES UN CURÉ DE CAMPAGNE ESPAGNOL"

plus ...17

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33
retourner suite