par M. L'ABBE JOSE RAMON GARCIA DE LA RIVA
"MEMOIRES UN CURÉ DE CAMPAGNE ESPAGNOL"
Ce que l'on pourrait appeler "les extases simulées" mérite, me semble-t-il, un chapitre spécial.
Conchita parle de ces "extases" dans son journal et il est bon de citer in extenso ce qu'elle en dit.
"Parfois, nous voulions rester ensemble, mais nos parents ne nous permettaient pas de rester dehors le soir. Alors, en sortant de l'église, après le chapelet, et ayant déjà reçu deux appels, nous regardions vers le haut, comme si nous étions en train de voir la Vierge. Ainsi nous pouvions rester ensemble par les ruelles, et nos parents et les gens avec nous. Et ensuite venait la Vierge et nous étions ensemble. Mais toujours nous finissions par voir la Vierge. Nous n'avons jamais simulé d'extases complètes".
Venons-en maintenant à un fait concret que je voudrais signaler.
Nous sommes en 1961, quand personne ne soupçonnait, je pense, la
possibilité de telles actions. Un jour, je me le rappelle très
bien, je fus consterné: j'eus l'impression que Jacinta et Loli avaient
simulé une extase, pendant une partie tout au moins, alors que pendant
la journée les autres avaient été réelles.
Voici comment je m'en rendis compte.
Pendant que les enfants couraient à grande vitesse, un jeune homme plein d'entrain faisait rire tout le monde, y compris les voyantes, à force de plaisanteries. Je remarquai également une autre chose insolite. Lui et moi parlions parfois ensemble à haute voix. S'il disait: "Elles vont tourner à droite", et si j'opinais pour la gauche, c'est de mon sentiment que les enfants faisaient toujours cas. Si bien que mon compagnon finit par exprimer son étonnement, sans se douter d'ailleurs combien j'étais peiné de ce que je constatais. Il en vint même à me dire: "Comment le devinez-vous"? J'eus l'envie de lui répondre: "Si tu prêtais plus d'attention, tu le saurais bien". Mais je me tus, attendant ce qui viendrait nécessairement, au bon moment.
Les choses ne tardèrent pas.
Cette "extase" terminée, les deux voyantes et moi, nous nous retrouvâmes chez Mari-Cruz.
Grippée, celle-ci était assise dans son lit. Sa mère, Pilar, se tenait au pied du lit. Loli et Jacinta étaient assises sur le lit, Jacinta à ma gauche, Loli à ma droite. Planté bien en face et les regardant dans les yeux, alors qu'elles s'y attendaient le moins, je leur dis à brûle-pourpoint:
— Aujourd'hui, vous avez simulé la dernière extase!...
A l'instant même, devenant rouge comme un coquelicot, se cachant le visage dans les mains, les coudes sur les genoux, Loli s'exclama:
— "Ay que gorda"! [Expression familière espagnole dont Loli fait particulièrement usage. "Armar la gorda", en langage populaire, c'est "se mettre dans de beaux draps - dans le pétrin". (n.d.t.)]. Ah! dans quelle histoire nous sommes nous embarquées!
Jacinta, elle, se mit à pleurer:
— Je vais dire à maman que vous ne croyez pas que nous voyons la Vierge.
— A mon tour, les enfants. Oui, je crois que vous voyez la Vierge; mais tout à l'heure vous avez fait semblant d'être en extase. Pour qui vous connaît comme moi, cela n'a pas à cause de votre âge, une extrême importance, car vous ne vous rendez pas compte du mal que vous pouvez causer.
Mais supposez qu'un jour ou l'autre monte ici un vrai théologien ou un médecin de valeur, pour étudier les faits de Garabandal. S'il vous prend, comme je viens de le faire, en train de simuler une extase, et s'il ne peut ou ne veut plus venir vous voir, personne ne pourra lui affirmer qu'il y a ici de véritables apparitions, car personne ne pourra le convaincre du contraire de ce qu'il aura vu de ses yeux!
Plaise à Dieu que je me sois trompé aujourd'hui, mais je ne le pense pas. Je sais que tout à l'heure, "vous avez fait semblant", et il n'était pas nécessaire d'être un lynx pour s'en apercevoir.
La mère de Mari-Cruz leur reprocha sévèrement leur conduite et sortit de la chambre de sa fille rapidement. Trois mois plus tard, je me trouvais chez Loli, et je savais que dans l'intervalle on avait pu vérifier parfois encore l'une ou l'autre simulation:
— Alors, Loli, aviez-vous fait semblant, avec Jacinta?0
Elle me répondit avec son bon sourire:
— Savez-vous ce que Jacinta a dit lorsque vous êtes sorti de chez Mari-Cruz?
— Non.
— Quel coquin! Comme il nous a eues!
Je citais en début de chapitre ce que Conchita nous rapporte dans son journal de ces extases simulées.
Elle m'a donné d'autres raisons ou explications à ce sujet; en voici quelques unes:
— A l'occasion d'une extase feinte. Dieu m'a punie. En descendant des Pins, j'ai fait une chute magistrale. J'ai cru mourir de douleur. Je ne pense pas que je puisse souffrir davantage pour mourir. Pourtant, cette douleur, je l'ai cachée et personne ne s'en est rendu compte. Après cette chute, la Vierge est venue réellement. Je suis tombée réellement en extase.
— Père, nous ne simulions des extases que devant des personnes de confiance ou des habitants du village.
— Nous ne le faisions jamais que si nous étions sûres que la Vierge allait venir ensuite.
— Nous ne le faisions qu'environ une demi-heure avant l'apparition. La Vierge nous punissait en venant plus tard qu'à l'heure dite, et toujours elle nous reprochait sévèrement notre conduite.
— Elle savait bien que si nous simulions parfois, c'était à cause du désir irrésistible que nous avions de la joie de la voir.
par M. L'ABBE JOSE RAMON GARCIA DE LA RIVA
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