XXI. DE LA PENITENCE DES ENFANTS


    "Il faut faire pénitence..." (premier message du 18 octobre 1961).

    "La Très Sainte Vierge voulait que nous fassions toujours pénitence".

(Journal de Conchita)

   Voilà un chapitre qui restera toujours incomplet.. Qui pourrait en effet décrire dans leur ensemble les pénitences des petites? Nous savons bien qu'elles en ont accompli, et de nombreuses, mais combien? de quel genre? Beaucoup resteront dans l'oubli, inconnues pour le commun des mortels. Dieu seul en connaît le nombre et les détails...

    Je voudrais relater ici une histoire de cilice dont Conchita fut l'héroïne, et dont votre serviteur fut le témoin oculaire.

    C'est là un point de l'histoire de Garabandal totalement inédit. Conchita, dans son amour de la Très Sainte Vierge, et animée du désir de suivre ses conseils, en vint à accomplir jusqu'au sang ce genre de pénitence.

    En cet été de 1962, je passais quelque temps à Garabandal, et j'étais hébergé chez Maximina, tante et marraine de Conchita.

    Un matin, je me levai et me rendis au cabinet de toilette. Maximina crut que j'étais parti à l'église et elle s'en vint dans ma chambre pour en faire le nettoyage. Sur la table de nuit, j'avais laissé un cilice, constitué de pointes métalliques, qui se porte à la taille. Maximina n'avait jamais vu ni tenu en mains un tel objet, mais elle en avait entendu parler. Elle fut un peu étonnée. Presque au même instant, Conchita arriva chez sa tante, et celle-ci lui dit: "Regarde, Conchita ce qu'il faut faire pour devenir un Saint..."

    J'ignorais tout de cette conversation. Je terminai ma toilette, me rendis dans ma chambre et sortis ensuite pour accompagner Conchita aux alpages. J'avais l'habitude d'accompagner les petites, — un jour l'une, un jour l'autre, et les membres de leurs familles, pour les aider comme je pouvais à la fenaison.

    Ce jour-là je devais aller avec Conchita au lieu-dit "Piedrajita", situé à cinq kilomètres environ au nord-est de Garabandal. Par un petit pont nous franchîmes le "rio Vendul" et ce fut l'ascension vers Piedrajita. Conchita portait sur le dos un panier d'osier comme ont coutume de le faire les montagnards de la vallée de Pas (province de Santander). Elle y transportait le repas de tous ceux qui travaillaient aux foins ce jour-là.

    Il me semblait un peu cavalier de laisser porter, par une fillette de treize ans, vingt à vingt-cinq kilos de nourriture et de matériel; je lui demandai donc de me passer le panier; elle allait me le donner sans plus d'instances, lorsqu'elle se ravisa et me dit:

— "Non, vous pourriez vous blesser à la taille..."

    Sur le moment, je ne me rendis pas compte de la raison de cette remarque; mais cette phrase de Conchita me donna à réfléchir. Nous faisions quelques pauses en cours de route, car cet alpage est assez éloigné, et le soleil commençait à bien se faire sentir!... Je ne me souviens plus des termes exacts de notre conversation; mais je sais que Conchita essaya très habilement au cours de celle-ci de m'amener au sujet qui l'intéressait. C'est ainsi qu'elle me parla de certains prêtres qui faisaient pénitence en portant à la taille des espèces de ceintures en fil de fer présentant des aspérités, et cela pour se mortifier. Elle me dit alors:

— "Voulez-vous porter le panier?"

    Très heureux, je lui répondis affirmativement, mais elle:

— "Non, vous allez vous faire mal à la taille".

    Je me rendis compte alors qu'elle savait quelque chose, et je lui demandai:

— "Qui t'a mise au courant? L'Ange, la Vierge ou ta tante Maximina?"

    Toute surprise, elle me répondit:

— "C'est ma tante Maximina qui me l'a dit". Elle me raconta alors comment elle l'avait appris, ainsi que je l'ai rapporté plus haut. Puis elle me demanda, à sa manière bien personnelle, de lui faire cadeau du cilice, mais je lui répondis que je lui en apporterais un neuf lors de mon prochain voyage à Garabandal. Elle insista pour obtenir celui-là même qu'elle avait vu. De retour au village, je le lui donnai et elle en fut très heureuse.

    Lors du premier voyage que je fis par la suite à Garabandal, j'apportai avec moi quelques cilices neufs. Mon intention était de reprendre celui que Conchita portait pour le garder en souvenir, mais ce ne fut guère facile de l'obtenir. Conchita montre une intuition peu commune, et la tromper s'avère très difficile.

    Je lui demandai de faire l'échange d'un cilice neuf contre celui qu'elle portait, mais elle me répondit que ce dernier lui convenait; je lui fis alors remarquer qu'il était préférable, pour des raisons d'hygiène, qu'elle en eût un neuf. Elle me dit alors qu'elle le nettoyait tous les jours à l'alcool...

    J'allais m'avouer vaincu, et je ne savais plus que dire pour parvenir à mes fins, lorsqu'elle se décida soudain à me le donner sans plus de difficultés.

    De ce cilice, il ne me reste plus que quelques fragments que je conserve avec considération. Le reste a été distribué en France à titre de souvenir.

    Je suis certain que Mari-Loli utilisa aussi un cilice dont je lui fis cadeau. La maman de Jacinta lui interdit d'en porter. Je n'en remis aucun à Mari-Cruz, celle-ci étant plus jeune, plus petite, et de santé moins robuste.

    Je fis observer à Conchita que ces pénitences-là n'étaient pas les meilleures, que les pénitences intérieures étaient préférables. Néanmoins elle s'infligea souvent ce genre de mortification dans son désir d'obéir à la Très Sainte Vierge, car celle-ci "voulait que nous fassions pénitence" — comme le rapporte Conchita dans son Journal.

par M. L'ABBE JOSE RAMON GARCIA DE LA RIVA
"MEMOIRES UN CURÉ DE CAMPAGNE ESPAGNOL"

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