XXIII. MARI-CRUZ

    Je voudrais faire ici une mention particulière de Mari-Cruz, car les appréciations à son égard n'ont pas toujours été très justes. Elle à beaucoup souffert. Elle était très obéissante et très vertueuse. En dehors de l'extase, sa modestie lui conférait un attrait spécial, à plus forte raison pendant l'extase avait-elle un charme particulier. Elle était très humble. En juillet 1969, Conchita me disait encore d'elle qu'elle était très bonne, extrêmement bonne... "oh oui, très bonne!"

    Pour ma part, je puis assurer que ce que l'on peut dire de sa bonté et de sa charité chrétienne ne reflète que très peu la réalité. Et que dire de sa souffrance morale puisque même en son nom elle porte la croix!

    Elle était puérile autant que réfléchie, et comme elle était douce, humble, délicate ! extrêmement délicate. Elle était obéissante particulièrement à sa mère Pilar à qui elle dut plus d'une fois obéir, les larmes aux yeux. Ne se vit-elle pas parfois, par obéissance, empêchée de voir la Vierge? La Vierge avait recommandé aux petites d'obéir à leurs parents et aux supérieurs hiérarchiques avant que d'obéir à Elle-même.

    Citons ce fait concret: Si les parents disaient à leurs enfants d'aller se coucher, alors que la Vierge avait annoncé sa visite pour telle heure avancée de la nuit, la petite leur demandait la permission de rester, mais si le refus était maintenu, elle pleurait mais allait se coucher; le désir de voir la Vierge était grand, mais l'enfant obéissait et offrait ce sacrifice.

— Si à l'heure annoncée par la Vierge, la petite était au lit, mais éveillée, la Vierge venait à elle et la petite tombait en extase. Parfois elle restait au lit, en extase, ou bien, toujours en extase, elle se levait, s'habillait, sortait dans le village, conversant avec la Vierge ou récitant le chapelet.

— Si, à l'heure annoncée, la petite dormait, la Vierge respectait son sommeil et ne la réveillait pas.

    En de nombreuses occasions, Mari-Cruz ne put attendre le rendez-vous fixé par la Vierge, du fait de l'obéissance à sa mère.Le père de famille restait aux alpages et la maman était seule à veiller sur sa fille. Elle agissait ainsi pour ménager la santé de sa fille qui travaillait aux champs dans la mesure de ses forces.

    Au sujet de l'état d'esprit religieux de la famille de Mari-Cruz, il convient de faire une analyse juste, pour ne pas tomber dans une exagération inconsidérée. Ce serait en effet un manque de charité, et aussi un manque de justice.

    On ne peut dire qu'il s'agit d'une famille peu pratiquante; disons qu'il s'agit avant tout d'une famille pauvre où il fallait travailler beaucoup pour faire vivre la maisonnée.

    C'était une famille pratiquante, sans plus. Le père, malade, ne pouvait descendre des alpages, étant donné son état de santé et la nécessité de profiter au maximum des heures de travail, car la main-d'œuvre n'abondait pas dans la famille. Mais s'il lui arrivait de descendre au village le dimanche, on le voyait à la messe, ainsi que sa femme et sa fille.

    Ces quelques appréciations ne sont pas de moi; elles me viennent d'Aniceta, la mère de Conchita, mais je me rallie volontiers à son point de vue.

par M. L'ABBE JOSE RAMON GARCIA DE LA RIVA
"MEMOIRES UN CURÉ DE CAMPAGNE ESPAGNOL"

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