V. LE 23 AOUT 1961
Curé d'un jour à Garabandal

par M. L'ABBE JOSE RAMON GARCIA DE LA RIVA, curé de Barro (Llanes). Asturies. Espagne.

    Le lendemain matin, la messe célébrée, en sortant sous le porche, j'aperçus don Valentin causant près du tout petit pont qui enjambait alors, à 30 mètres de là, le torrent. Le cher curé vint aussitôt à moi, laissant sur place le Père Ramón Andreu.

De la part de la Commission, vous devez quitter le village.

— Je le sais déjà, répondis-je tranquillement. Et je sais aussi que vous-même et le Père Ramón, vous devez partir également.

— Non?

— Si. Je l'ai entendu, hier soir, de la bouche de l'un de vos deux confrères. Personnellement, je regrette vraiment de devoir m'en aller, car j'avais l'intention de séjourner un peu plus ici: je m'y plais tellement, je l'avoue.

    Don Valentin rejoignit alors le Père Andreu, et tous deux causèrent quelques instants. Il revint à moi:

— Ecoutez, nous avons prévu autre chose; j'estime devoir aller rendre compte à l'Evêché des événements de ces derniers jours; aujourd'hui vous ferez à ma place fonction de curé. Voici la clef de l'église de Garabandal. 

    Non seulement je fus très content de pouvoir rester un jour de plus, mais devant la confiance de ce prêtre qui ne me connaissait pas, je sentis descendre dans mon cœur sacerdotal une grande paix. D'autres impressions aussi très fortes et très douces, inoubliables, envahirent mon âme.

    Le Père Andreu — nous ne nous connaissions pas non plus — s'approcha. J'en profitai pour lui dire:

— Père, je me sens porté à écrire immédiatement à l'Administrateur Apostolique, don Doroteo.

— Pourquoi?

— Pour lui faire part de la très mauvaise impression que m'a faite cette Commission.

— Avec cinq ou six prêtres étrangers à ce diocèse, j'étais moi aussi, dans l'église, hier soir. Nous avons tout vu et tout entendu. Nous avons parlé de l'attitude de la Commission, après son départ et même pendant qu'elle opérait. Vous avez raison, suivez votre idée, elle me paraît bonne.

    Comme je l'ai dit plus haut, dès mon retour à Barro, je mis mon projet à exécution.

    Je me répète volontiers: cette journée du 23 août vécue en curé intérimaire de Garabandal reste pour moi inoubliable.

    Au crépuscule, le Père Andreu me prit à part:

— Don Valentin ne montera pas aujourd'hui de Cosio. Or il a rapporté de Santander une décision de l'Evêché: la porte de l'église doit être maintenue fermée pendant les extases des enfants. Plus d'extases désormais dans l'église. Qu'allez vous faire?

— J'obéirai.

    C'est ainsi que sans avoir pu le deviner, ce fut moi, prêtre de l'archidiocèse d'Oviedo, qui pour la première et la dernière fois fermai la porte de la maison de Dieu aux petites filles en extase. Oui, je dus leur interdire de jamais y entrer quand elles voyaient la Vierge, la Mère de Jésus présent réellement au Tabernacle. Cela aussi fait partie de mes souvenirs inoubliables.

    Qu'on me permette d'en relater encore un qui me semble particulièrement intéressant. Non seulement j'en ai été témoin oculaire, mais j'ai participé activement au fait qu'il me rappelle, comme si c'était hier.

    Nous sommes donc le 23 août 1961.

    Après la récitation du chapelet, comme d'habitude, les enfants tombent en extase, sous le porche. Deux par deux, elles parcourent le village. Conformément à la décision de Santander, je ferme à clef la porte derrière moi et je reste sur place, attendant les événements. Au bout d'un bon moment, Loli et Jacinta, en extase, reviennent vers l'église pour y entrer et y prier, comme d'habitude. Subitement, apparemment sur un ordre impératif reçu de quelqu'un, elles s'arrêtent pile, si j'ose dire, devant moi.

    Je suis donc devant la porte fermée à clef, je lui tourne le dos. Loli et Jacinta sont en face de moi, à cinq mètres, à l'entrée du porche extérieur. Elles ignorent, de science humaine, de la manière la plus absolue, ce que j'ai fait, car n'en sont au courant que l'Administrateur Apostolique ou la Commission Diocésaine, qui en a donné l'ordre, don Va-lentin, le Père Andreu et moi-même.

    Loli se met à parler très distinctement, et non plus à voix basse, très basse, comme les voyantes faisaient toujours, en s'adressant à leur Vision:

— Pourquoi nous ferme-t-on l'église?... Mais nous n'y venions rien faire de mal... Bon! Si on ne nous ouvre pas, nous n'y entrerons plus...

    Persuadé qu'elles ne m'entendront certainement pas, puisque je ne participe pas à leur extase, j'interviens quand même:

— Vous avez raison, mes enfants, mais il faut obéir...

    Loli et Jacinta, toujours en extase font docilement demi-tour et j'entends une des personnes qui les accompagnaient:

— Père, vous faites votre devoir!

    Tout le monde a pu constater qu'à partir de ce 23 août 1961, les voyantes, lorsqu'elles étaient en extase, n'entrèrent plus jamais dans l'église, obéissant ainsi strictement à l'ordre de Santander dont on ne sait s'il émane de l'Administrateur, don Doroteo ou de la Commission seule. Quand leur périple extatique les ramenait vers l'église, elles en contournaient les murs avec ceux qui les accompagnaient, en chantant le Salve Regina ou en récitant leur chapelet si émouvant. Il fut un temps où elles tombaient violemment à genoux, au risque de les briser, sur le seuil même de la porte close. C'était alors l'exquise cérémonie de l'échange des baisers avec la Vierge, et la fin de l'extase collective.

    Enfin, après cette interdiction, Conchita et Loli, en extase, ne reçurent jamais dans l'église, la sainte communion de la main de l'ange. Celui-ci la leur donnait, sous le porche.

    Je restai un jour encore, le troisième, à Garabandal.Ces heures ne passèrent pas: j'ai eu l'impression qu'elles volaient.

    Depuis lors, toujours Garabandal m'est revenu à l'esprit, A tout moment, fût-il le plus imprévu et instantané comme l'éclair dans le ciel.

    Depuis lors aussi, j'ai profité de toutes les occasions qui se présentaient pour remonter au cher petit village où j'ai passé, où je passe les meilleures journées de ma vie sacerdotale.

par M. L'ABBE JOSE RAMON GARCIA DE LA RIVA
"MEMOIRES UN CURÉ DE CAMPAGNE ESPAGNOL"

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