par M. L'ABBE JOSE RAMON GARCIA DE LA RIVA, curé de Barro (Llanes). Asturies. Espagne.
J'ai quelques lettres de Conchita faisant allusion à la question que je lui fis poser à la Vierge au sujet de la nature des extases de Garabandal.
Elle ne comprit absolument rien à cette question — et c'était mon désir absolu. On va voir qu'elle n'était pas seule dans son cas. Je vais essayer de m'expliquer clairement.
J'adoptai une terminologie de mon invention, faisant peu de cas de celle
que nous pourrions appeler classique. Je voulais seulement qu'elle m'aidât
à résoudre les problèmes que je me posais moi-même,
en usant de mots que j'employais, selon ma conception personnelle des choses.
Ni Conchita, ni personne ne pouvait s'y retrouver.
Je dis donc à Conchita ces seules paroles:
— Demande à la Vierge si c'est "parfait" ou "imparfait".
— Que voulez-vous dire, me répondit-elle?
— Tout simplement ce que signifient ces mots.
A mon avis, mais sans préjuger de la décision de l'Eglise en la matière, des extases surnaturelles d'ordre divin avaient lieu à Garabandal. Pourtant, en parlant alors à Conchita, j'employais les mots "parfait" et "imparfait" en faisant abstraction de la surnaturalité d'ordre divin des faits.
De plus à ce moment-là, je croyais que l'extase que j'appelais "parfaite" devait laisser des traces douloureuses chez l'extatique.
Je considérais donc, à part moi, comme "imparfaite" l'extase qui avait lieu avec ou sans aliénation totale des sens, et qui dans les deux cas ne laissait aucune trace de fatigue ou de maladie dans l'organisme des petites.
Or c'était bien cette "imperfection" — selon le vocabulaire que je m'étais forgé moi-même — que je constatais. De la part de la Vierge, Conchita devait donc répondre: "c'est imparfait".
En effet:
En premier lieu, les extases duraient une heure, parfois même plusieurs. Manifestement les positions prises par les voyantes ne pouvaient être supportées même par des personnes vigoureuses, en état normal, pendant pareille durée. Comment était-ce possible pour des enfants saines, bien sûr, mais si jeunes encore? D'autant plus qu'à la sortie des extases, elles étaient d'une fraîcheur extraordinaire et visiblement plus vivantes qu'auparavant. Loin d'être affaiblies, elles se remettaient au travail, comme si de rien n'était.
Bien que le faisant profondément à l'occasion, elles dormaient pourtant très peu. Parce que certaines extases du-, raient très longtemps ou se répétaient souvent; parce que la plupart d'entre elles avaient lieu la nuit; parce que les enfants, pour voir la Vierge, et aussi par esprit de sacrifice, restaient dans la cuisine, sommeillant tout habillées, adossées au mur. Parce que celle qui n'était pas en extase rejoignait, même dans la nuit, ses compagnes qui y étaient.

En second lieu, en certaines occasions, on voyait les paupières ciller, alors que la plupart du temps, on ne le remarquait pas. Leurs mains étaient parfaitement rigides habituellement. D'autres fois, on pouvait faire jouer leurs doigts, avant d'arriver immédiatement à la rigidité. Les chevilles et les pieds avaient toujours leur jeu normal. Quant aux mains et au visage, parfois ils étaient chauds, en d'autres circonstances, ils ne l'étaient pas.
A cause de ma conception personnelle des choses, et de ma terminologie pour le moins curieuse, les deux cas que je viens de décrire me donnaient à penser et me laissaient un peu perplexe.
Je m'exprime autrement. Si l'on veut, voici la même question que
celle qui employait les mots "parfait" et "imparfait": les extases étaient-elles
du ton majeur ou mineur dans l'ordre surnaturel, si j'ose m'exprimer ainsi?
Etant bien entendu que "pour moi" celles du ton majeur identiques au "parfait"
de plus haut devaient amener chez les extatiques des effets douloureux
et laisser chez elles des traces de fatigue et de maladies (choses qu'on
ne voyait jamais).
Un jour Conchita m'écrivit: "La Vierge m'a répondu qu'au sujet de "parfait" et "d'imparfait", Elle me le dirait plus tard".
Une autre lettre suivit: "L'autre jour, sans que je le lui demande, la Vierge m'a dit qu'au sujet de "parfait" et "d'imparfait", c'était "parfait".
J'ai bien écrit "Sans que Conchita ne demandât rien, cette fois-là, elle a obtenu la réponse".
Me voici maintenant de retour à Garabandal, dans sa cuisine, devant sa mère Aniceta. Je repense à la délicatesse de Notre-Dame qui a répondu de sa propre initiative, et je parle:
— "Alors, Conchita, la Vierge t'a bien dit que c'était" parfait"?
— Oui, la Vierge m'a dit qu'au sujet de "parfait" et "d'imparfait", c'était "parfait".
— Bon, Conchita. Mais cette réponse démonte mon plan, totalement, parce que moi, je croyais que c'était "imparfait".
Aniceta intervient au même instant:
— Conchita, ne t'avais-je pas fait remarquer que tu devais dire "imparfait".
Réponse de l'enfant qui avait alors douze ans et demi:
— J'ignore totalement de quoi il retourne au sujet de ce "parfait et de cet "imparfait"; ce que je sais, c'est que la Vierge m'a dit: "parfait".
Il ne me restait plus qu'à corriger secrètement ma conception des choses et ma terminologie fantaisiste en acceptant la leçon de théologie mystique que la Vierge me donnait. A admirer aussi la loyauté absolue et la fermeté exemplaire de Conchita qui, sans rien comprendre ni à ma pensée ni à mon vocabulaire était restée, à l'heure où elle ne s'y attendait pas, et malgré sa mère Aniceta, la très fidèle messagère de Notre-Dame du Carmel.
Je l'ai dit plus haut, pour ne pas manquer la venue de la Vierge, les petites dormaient habillées, dans la cuisine. Elles savaient bien qu'après leur avoir dit qu'Elle viendrait de nuit, si elles étaient au lit, Elle respecterait leur sommeil. Or elles voulaient ardemment la voir.
Elles savaient aussi qu'après leur avoir dit qu'elle viendrait la nuit, la Vierge voulait qu'elles obéissent malgré cela à leurs parents si ceux-ci leur ordonnaient d'aller se coucher.
par M. L'ABBE JOSE RAMON GARCIA DE LA RIVA
"MEMOIRES UN CURÉ DE CAMPAGNE ESPAGNOL"
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