l. Jacinta dénombre les prêtres présents.
Parmi les personnes montées un jour avec nous à Garabandal, il y avait un aumônier militaire d'aviation. Il portait seulement les insignes de son grade de capitaine, et il demanda aux prêtres présents de ne pas dire aux petites qu'il l'était lui aussi. Son désir fut respecté scrupuleusement.
Le soir Jacinta tomba en extase, et le curé, don Valentin, comme il en avait coutume, lui fit demander combien de prêtres étaient là. L'enfant donna le chiffre exact des soutanes et ajouta: "Et un de ceux qui vont en avion. Voici son nom".
Revenant vers nous, à 4 heures du matin, cet aumônier ne put s'empêcher de me faire part de son étonnement et de son émotion.
2. Conchita et la photo dédicacée.
Un jour de septembre 1961, je me trouvais dans l'épicerie de Primitiva
Gonzalez, au village.
Par la fenêtre qui donnait sur la rue, je distinguai Conchita au milieu d'un groupe. Je les rejoignis et demandai à Conchita d'entrer dans la cuisine dès qu'elle en aurait terminé avec ces visiteurs. Tout de suite, elle me rejoignit.
Je tenais en main cinq ou six photos que j'avais prises lors de mon premier voyage à Garabandal le 22 août précédent.
— Conchita, connais-tu ces enfants?
— Oui, me répondit-elle malicieusement; ce sont des filles de Cosio.
— Comme il s'agit de toi, tu peux les garder. Et puisque Mari-Cruz est aussi photographiée, tu peux lui en donner une.
— Merci Père.
Puis devenant subitement nerveuse, elle s'excusa en me disant.
.— Je dois m'en aller.
Et elle disparut.
(J'avoue ici qu'à ce moment-là, je ne savais encore rien au sujet des "Appels").
Au même instant, je me rappelai que l'une des photos que je lui avais donnée était dédicacée et destinée au prêtre de Burgos qui m'avait accompagné à Garabandal le 22 août 1961.
Je demandai à la fille de Primitiva s'il n'y avait pas moyen d'envoyer une enfant à la recherche de Conchita, et de lui redemander la photo dédicacée pour l'échanger contre une autre. Mais Conchita était déjà en extase. Et sa mère qui avait essayé de lui enlever mes cinq ou six photos de la main y était parvenue, sauf pour une que Conchita conserva dans la même main pendant toute la durée de l'extase.
Quand j'appris que Conchita était en extase, j'allai à sa rencontre pour prendre quelques photos. Il était 17 h. 30. N'ayant pas de flash à mon appareil, je n'avais aucune photo d'extase, celles-ci s'étant jusque là passées la nuit, quand j'étais au village. J'en tirai quelques-unes, et quand le film fut terminé, je choisis un endroit obscur pour en changer. L'opération terminée, la voyante était revenue à l'état normal.
Quelqu'un s'approcha de moi:
— Conchita vous cherche, la Vierge lui a remis une commission pour vous.
— Où est-elle?
On ne put me répondre.
Je me dirigeai donc vers sa maison, et je la vis entourée de quelques-uns de mes paroissiens qui m'avaient accom-pagné ce jour-là. Immédiatement, délaissant le groupe, elle vint à moi.
— Père, la Vierge m'a dit de vous rendre cette photo, parce que vous me l'avez donnée par erreur.
J'en restai bouche bée, ne sachant d'abord que répondre. Puis me ressaisissant:
— Je crois bien; c'est justement ce que je voulais te dire moi aussi.
Je lui fis cadeau d'une autre photo pareille, mais non plus dédicacée, et Conchita s'en fut rejoindre le groupe qu'elle avait quitté.
3. Loli photographie la Vierge.
Voici maintenant une histoire de photographie dont j'ai été également témoin oculaire. Qu'on me permette de la raconter dans ses détails, car sans bien connaître ceux-ci certains lecteurs pourraient être déroutés.
Le 12 septembre 1961, de minuit à 4 heures du matin, j'assistai à une extase très longue, on le voit, de Jacinta et de Loli dans la maison de Conchita.
On le sait déjà, parmi les assistants, nombreux étaient les hommes et les femmes qui remettaient aux enfants, avant l'arrivée de la Vierge, des objets religieux pour les présenter, le moment venu, au baiser de Ses lèvres. Pour ma part, je leur avais confié tout ce que j'avais sous la main. Comment, pendant l'extase elle-même de Loli et de Jacinta, suis-je allé jusqu'à passer à Conchita mon appareil photographique, je ne me l'explique pas encore.
(Notons que Conchita n'était pas elle-même en état extatique, et, je me répète, qu'on ne pouvait pas communiquer avec les voyantes en extase, si ce n'est par celle d'entre elles qui n'y était pas).
Loli reçut l'appareil sans que Conchita l'avertît de quoi il s'agissait.
Immédiatement et sans hésiter, Loli se posa l'appareil devant les yeux et on entendit:
— Je vais faire ta photo.
Puis, ce fut une réflexion désabusée:
— Quel drôle d'appareil, je ne te vois pas.
Et au même instant, comme si elle avait été avertie par sa Vision:
— Ah, je dois tirer un bouton?
(De fait l'appareil était dans
son étui).
Elle chercha avec les doigts la pression
et ouvrit l'étui.
— Maintenant, je te vois bien.
On se rendit alors compte qu'elle recevait à nouveau des instructions.
— Ah, je dois toucher un autre bouton?
(Mon appareil étant un kodak de poche muni d'un soufflet il fallait que ce dernier fût tiré pour entrer en action).
Nous vîmes donc Loli chercher le deuxième bouton, tirer le soufflet, et se remettre l'appareil à hauteur des yeux.
Tout cela se faisait sans hâte, très calmement. La tête en arrière, Loli n'avait cessé de fixer sa Vision, son regard ne s'étant jamais préoccupé des manipulations. Il était évident qu'elle agissait en suivant de mystérieuses explications.
Elle parla:
— Ah, je dois tourner la bobine?
Ses doigts cherchèrent à la partie droite, en bas de l'appareil, le levier d'entraînement, et effectuèrent le passage de la bobine, sans se douter, évidemment — car d'elle-même elle n'y connaissait absolument rien — que sans cette manœuvre, il était possible de faire une photo sur une autre.
Après cela vint l'indication de baisser le dispositif pour pouvoir opérer. Elle s'exécuta, mais non pas immédiatement. On remarquait bien que si toutes les opérations étaient faites correctement, elle devait y mettre un peu de temps.
Le tout terminé, sans oublier de déclencher l'obturateur, elle recommença la série des gestes nécessaires pour prendre deux autres photos. Cette fois ce fut avec beaucoup d'aisance et sans recevoir, semblait-il, de nouvelles instructions. Loli opéra rapidement comme si elle connaissait parfaitement l'appareil, à la manière d'un habitué de sa manipulation.
Je ne me préoccupai pas spécialement de ces photos tirées par Loli, et ce fut à quelque temps de là, qu'un beau jour, j'envoyai le film au développement. Comme il était naturel à première vue, je pensais qu'on ne pouvait avoir de résultat positif. Et cela à cause de deux motifs pour moi péremptoires: d'abord Loli avait photographié à l'intérieur de la maison de Conchita sans flash, avec une pellicule courante, à la lumière de la pauvre ampoule éclairant la cuisine; et d'autre part, un appareil photographique n'est fait que pour fixer des choses ou des personnes visibles naturellement.
Le film revenu, j'envoyai par lettre le résultat à Loli, lui disant par manière de plaisanterie: "puisque tu as pris les photos toi-même, quand tu reverras la Vierge, demande lui donc pourquoi elles ne sont pas mieux réussies, car je n'y vois rien".
Trois mois plus tard, Loli m'avoua qu'elle ne se souvenait jamais de parler
à sa Vision de cette histoire des photos. Finalement elle le fit.
Voici ce qu'elle a raconté:
— La Vierge m'a assuré qu'elle était bien photographiée, et elle m'a montré où elle se trouvait sur la photo. Comme je lui demandais pourquoi on ne l'y voyait pas mieux, elle m'a répondu:
— Parce que, même si la photo avait été parfaitement réussie, on ne le croirait pas non plus.
Au sujet de ces photos, je connais une personne qui fit plus tard une expérience. Dans un tas d'images, elle glissa celle qu'on avait coutume d'appeler "la photo de la Vierge". Loli n'en savait rien évidemment. Elle entra en extase, et prenant le tout au milieu des autres objets posés sur la table par les assistants, elle commença par offrir au baiser de la Vierge, les images.
Arrivée, sans le savoir, à la "photo de la Vierge", on la vit rester un peu en arrêt; puis elle parla:
— Ah, c'est la photo où Tu Te trouves?
A mes yeux, cette histoire de photographie a un intérêt particulier, de caractère technique, pourrait-on dire.
Avant l'affaire de la cuisine de Conchita, Loli était absolument incapable de se servir de tout appareil, et plus spécialement du mien. Et huit jours après la brillante réussite de la même cuisine, elle était redevenue absolument incapable de recommencer, à l'état normal. Je l'ai vérifié moi-même chez elle, en présence de son père Céférino, en remettant dans les mains de Loli mon appareil lui-même. Elle n'y connaissait plus rien de rien.
Une expérience de caractère technique? Oui. Et sur les instructions de la Vierge.
La petite — elle avait douze ans et demi — a fait avec exactitude tout ce qu'il fallait faire. La première fois, avec la marge de temps requise pour exécuter les instructions reçues. Puis, elle a opéré avec la rapidité d'un professionnel. Cinq opérations au total: sortir l'appareil de l'étui, tourner la bobine, tirer le soufflet, armer le déclencheur, déclencher.
Pourquoi, cette nuit-là, ai-je passé mon appareil à Conchita pour qu'elle le donne à Loli? Je l'ignore encore, je l'ai dit. Par contre je me souviens comme si c'était hier, que cette même nuit, Loli dévoila aux assistants mon identité complète. Mon prénom d'abord. Mon premier nom ensuite. Puis mon second nom en précisant qu'il comportait trois mots. Elle ajouta même que mon église paroissiale était dédiés à Marie.
Tout cela était d'une exactitude absolue. Or à cette date de septembre 1961, Loli ne pouvait parler ainsi de science humaine, à mon sujet.
4. Conchita et le verre de lait.
Un jour, Conchita était en train de souper près de l'âtre surélevé de la cuisine, sur un petit tabouret où elle avait l'habitude de s'asseoir.
Tout à coup, Loli arrive en extase et lui dit:
— Conchita, la Vierge te dit de terminer rapidement, car elle va venir te voir.
Conchita accélère un peu le mouvement, et alors qu'elle soulevait son verre de lait, à l'étonnement de tous, elle tombe en extase, le verre de lait à la main... Elle descend lentement de l'âtre, et dès le seuil de la porte de sa maison, elle se met à courir vite vers l'église pour s'arrêter brusquement devant le portail. Là on put lui retirer de la main le fameux verre de lait. Surprise générale: pas une goutte ne s'en était échappée.
J'étais présent à l'extase, dans la cuisine, mais je n'en sortis pas pour suivre l'enfant jusqu'à l'église.
5. Loli me force la main.
C'est à partir d'août 1961 que les fillettes commencèrent
à emporter avec elles un crucifix.
Dès le premier "Appel", elles allaient le chercher chez elles et le cachaient dans leurs vêtements. Au troisième, l'extase toute proche, elles le prenaient en main. L'extase commencée, leur premier geste était de l'offrir au baiser de la Vierge. Parfois, elles le baisaient elles aussi, et ensuite le présentaient aux lèvres des assistants, pas toujours à tous. De plus il leur arrivait de faire elles-mêmes le signe de croix sur l'un ou l'autre.
Nous nous trouvons dans la cuisine de Conchita, et c'est Loli qui y est en extase. A travers la fenêtre ouverte, elle offre un crucifix au baiser des personnes qui se trouvent hors de la maison d'Aniceta. La propriétaire du crucifix, une dame, se trouvait avec nous dans la cuisine. Pour elle — on le comprend d'ailleurs — c'était une véritable relique, et elle craignait plus que tout de le perdre.
— Mon crucifix, mon crucifix, répétait-elle comme une enfant gâtée!
Conchita qui n'était pas en extase s'énerva:
— Quelle femme impertinente! Qu'on le lui rende une fois pour toutes. Et s'approchant de Loli, elle lui reprit le crucifix délicatement.
Enfin satisfaite, la dame s'en alla avec son trésor.
— Loli, elle, resta sans crucifix, toujours face à la fenêtre ouverte, les mains jointes sur la poitrine, devant ceux qui la regardaient de l'extérieur.
Quelques instants plus tard on l'entendit:
— Conchita, la Vierge te fait dire de demander celui du Père.
A ce moment-là, j'étais le seul prêtre présent dans la cuisine, près de la porte d'entrée, les mains dans les poches.
Ma réaction intérieure fut immédiate, et je la formulai secrètement:
— Loli, si tu ne me le demandes pas toi-même, je ne te le donne pas. J'exige de toi cette preuve. Je t'attends.
Quelques détails qui permettront de mieux "voir" ce qui allait se passer, me paraissent utiles. Je n'avais pas l'habitude de porter un crucifix sur moi. Comme par hasard, ce jour-là, je l'avais dans la poche droite de ma soutane, et je le tenais bien serré dans ma main. On verrait bien ce qui se passerait. En tout cas, j'attendrais autant qu'il le faudrait, regardant à distance la voyante qui nous tournait le dos à nous tous.
Conchita n'avait-elle pas entendu ou pas compris la question de Loli? Peut-être, car elle ne me demanda rien.
Alors, Loli, toujours en extase, fit demi-tour sur elle-même, vint vers moi et s'arrêta devant moi. D'un mouvement étonnant du bras droit, avec une souplesse stupéfiante, et une agilité incroyable, elle introduisit la main droite dans la poche droite de ma soutane. Elle atteignit ma main fortement fermée sur mon crucifix, l'ouvrit malgré moi, la laissa dans ma poche et sortit gracieusement de sa cachette le crucifix.
Un autre détail important: l'ouverture de cette poche me permet d'affirmer qu' avec ma main posée là où elle était, il n'y avait aucune possibilité humaine d'y introduire une autre main, si petite qu'elle fût.
Quand je revois la scène, je crois que le cinéma n'a jamais filmé rien qui puisse être comparé à la beauté surhumaine des gestes de Loli, en cette occasion. Cette beauté et la force surhumaine aussi de l'enfant m'émurent tellement que ma main desserrée, et mon crucifix parti, je lui dis, vaincu:
— Prends le, prends le, cette preuve me suffit.
Une dernière remarque.
En certains cas, les mains des voyantes n'avaient plus leur température habituelle. Au moment où Loli, d'une manière inexplicable naturellement, introduisit la main dans la poche de ma soutane, sa température était normale.
par M. L'ABBE JOSE RAMON GARCIA DE LA RIVA
"MEMOIRES UN CURÉ DE CAMPAGNE ESPAGNOL"
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 |
| 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 |
| 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | 30 | 31 | 32 | 33 |
| retourner | suite |
